60ème anniversaire du CERN

Mesdames et Messieurs, Cher amis,

Je voudrais avant tout vous remercier d’avoir accepté notre invitation, celle de l’Ambassadeur de Suisse qui a eu le premier l’idée de cette réception et la mienne aussi, à célébrer ensemble ce soir le 60ème anniversaire de la création du CERN. Je vous en suis d’autant plus reconnaissant, aux Français tout particulièrement, que l’équipe de France de foot joue en ce moment-même au Brésil son 8ème de finale contre le Nigéria...

En préparant cette soirée, qui ouvre une série de célébrations pour le CERN, une chose m’a frappé : la grande proximité d’inspiration des deux chartes fondatrices de l’UNESCO et du CERN. Les deux textes empruntent en effet à la même philosophie, celle de l’immédiat après-guerre, et repose sur les mêmes valeurs d’humanisme.
Ce ne sont certes pas les mêmes hommes qui, pour les uns, forgent à Londres ce qui deviendra la Convention de l’UNESCO de 1945 et, pour les autres, dessinent à la fin des années 40 ce qui deviendra la Convention du CERN de 1954.
Mais, dans l’un et l’autre cas, on trouve la même vision et la même énergie au service d’un projet inédit, le même esprit de découverte, d’émulation et d’échanges, la même volonté d’œuvrer à la reconstruction matérielle et morale de l’Europe, à la diffusion la plus large des connaissances.

On trouve, dans l’un et l’autre cas, la même ambition de s’affranchir des frontières, de dépasser les particularismes nationaux, pour reprendre les termes du Préambule de la Convention fondatrice de l’UNESCO, d’ « assurer la libre poursuite de la vérité objective et le libre échange des idées », d’« élever dans l’esprit des hommes les défenses de la paix ».

Mesdames et Messieurs,

Grâce à ces hommes d’exception des lendemains de la Seconde Guerre mondiale, et je voudrais rendre ici un hommage tout particulier à François de Rose, l’un des pères fondateurs qui nous a malheureusement récemment quitté, le CERN a ouvert la voie de la construction d’une Europe de la science et est rapidement devenu l’un des plus grands et des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde.
Le CERN s’est ainsi imposé comme un lieu à la pointe de l’innovation, un lieu reconnu pour ses découvertes essentielles au développement de la physique fondamentale, à la compréhension de la création et de la constitution de la matière, à l’étude des constituants et des lois de l’Univers, un lieu de rencontres ouvert aux coopérations internationales, un lieu de brassage des cultures et des mentalités.
Le CERN s’est imposé aussi comme un lieu de formation des scientifiques de demain et de partage des savoirs, ce qui est un autre point commun avec l’UNESCO.
Vous le savez, pour mener ses recherches, le CERN a innové dans bien des domaines des sciences fondamentales. Ces programmes et ces technologies de pointes ont des applications très pratiques et ces innovations ont profité et profitent encore à l’ensemble de la société. L’invention du « World Wide Web » en l’exemple le plus connu.

Cher amis,

Je ne vous cacherai pas que le CERN reste toujours pour moi un lieu mystérieux. Les profanes, dont je suis, ont certes tous entendu parler au moins du boson de Higgs et de l’accélérateur de particules, mais sans bien mesurer ce dont il s’agit exactement.

Nous comprenons certes intuitivement que quelque chose d’essentiel se joue là, d’ontologique presque. Mais avouons que le grand collisionneur de hadrons, le plasma de quarks et de gluons, l’aimant solénoïde géant sur lequel repose le détecteur CMS, la création d’atomes hybrides tels que l’hélium anti-protonique, - tout cela est nimbé d’un halo de mystère qui confine à la poésie pour le littéraire que je suis.

Mais ce qui est abscons pour beaucoup dit aussi le niveau de sophistication et d’excellence des chercheurs du CERN. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents et impressionnants : 21 Etats membres, sans compter les nombreux Etats qui, pour n’en être pas membres à part entière, n’en participent pas moins étroitement aux programmes du CERN, 2400 collaborateurs dont je salue la grande compétence, 10 000 scientifiques visiteurs, soit la moitié des physiciens des particules du monde, 113 nationalités représentées, 608 instituts et universités associés aux travaux. En un mot, l’entreprise est d’inspiration européenne mais le rayonnement est mondial, et sa réussite est impressionnante.

Mesdames et Messieurs,

Je ne voudrais pas finir sans souligner que le CERN, aussi international soit-il, est également une aventure qui unit la France et la Suisse et qui illustre la densité et la profondeur de la relation entre nos deux pays. Les bâtiments eux-mêmes du CERN, à cheval sur la frontière, forment une véritable ville internationale dédiée à la science et sont une éloquente incarnation de l’amitié franco-suisse au cœur du pays de Gex.
L’engagement des deux Etats, très attachés à ce fleuron de la recherche scientifique, ne s’est jamais démenti, bien au contraire. La Suisse et la France ont entraîné à leur suite les 12 Etats fondateurs dans une entreprise de coopération internationale qui séduit un nombre toujours croissant de partenaires.

Ces collaborations sont une richesse formidable. Je ne doute pas qu’avec de tels talents et le soutien indéfectible de tous, le CERN poursuivra, dans les décennies à venir, dans la voie de l’excellence, de l’innovation et des plus grands succès.

A toutes et à tous, je souhaite un excellent soixantième anniversaire et une très bonne soirée.

publié le 02/07/2014

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