8 septembre, journée mondiale de l’alphabétisation

L’état des lieux

8 septembre… Depuis une cinquantaine d’années, l’UNESCO célèbre à cette date la journée mondiale de l’alphabétisation. C’est que l’enjeu est important : des milliers d’adultes de par le monde sont analphabètes, ne sont jamais allés à l’école, ne savant pas lire, écrire, compter, ce qui représente un lourd handicap dans leur vie quotidienne et, pour le pays, un obstacle au développement économique et à la cohésion sociale : problèmes de santé, de chômage ou d’emplois subalternes mal rémunérés, pauvreté, source de mécontentement et de violence potentielle.

A Dakar, en 2000, les chefs de gouvernement réunis s’étaient engagés à lutter contre ce fléau. Mais les objectifs fixés pour 2015 n’ont pas été atteints, malgré des progrès importants réalisés dans de nombreux pays. Aujourd’hui encore, on compte quelque 758 millions d’ analphabètes, des femmes pour les deux tiers, et 264 millions d’enfants et de jeunes non scolarisés. (Communiqué de presse de l’UNESCO, en date du 3 juillet 2017).

Que l’on ne croie pas qu’il s’agisse là d’un phénomène réservé aux pays en développement. La France, par exemple, n’est pas épargnée. On y parle d’illettrisme - les personnes qui ont été scolarisées, mais qui ont quitté le système éducatif sans les bases solides nécessaires pour se débrouiller dans la vie et exercer pleinement leurs droits et leurs devoirs de citoyens. Selon les chiffres de l’INSEE, repris par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), il y aurait en France 2,5 millions d’adultes de 18 à 65 ans, soit 7% de la population dans cette situation.

L’action au niveau international

Si des progrès ont été réalisés, c’est grâce notamment à l’UNESCO et à son Institut pour l’éducation des adultes, récemment rebaptisé Institut pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL). Il intervient, à la demande des Etats-membres, pour les aider à mettre en place une politique d’alphabétisation, leur fournit des outils, collecte et diffuse des exemples de bonnes pratiques. Des progrès sensibles ont été enregistrés au cours de ces dernières années, avec de fortes variations régionales : ainsi, en Asie du Sud-est, le taux d’alphabétisation est passé de 46% en 1990 à 72% en 2016, tandis qu’en Afrique subsaharienne, le taux est passé dans le même temps de 65% à 75%. Un prix Confucius pour l’alphabétisation a été créé en 2005, prix attribué en 2016 au département d’éducation de base en Afrique du Sud. Aujourd’hui, 8 septembre 2017, cinq lauréats sont couronnés à l’ UNESCO, pour leur action dans le domaine de l’alphabétisation, ils sont originaires du Canada, de la Jordanie, de la Colombie, du Pakistan et de l’Afrique du Sud.

En parallèle, des actions ont été conduites pour mesurer le problème, en évaluer les contours afin d’y apporter les solutions appropriées. L’UNESCO a lancé en 2009 le programme LAMP (Literacy Assessment and Monitoring Program), qui a permis de définir trois niveaux d’alphabétisation.

En 2013, l’OCDE, dans la même optique, a créé PIAAC ( Program for the International Assessment of Adult Competences), enquête conduite dans 25 pays censés avoir le plus fort taux d’alphabétisation, sur un échantillon de 166.000 personnes âgées de 16 à 65 ans : dans des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie, 1 adulte sur 4 avait des difficultés…

Enfin la Banque Mondiale, en 2014, a lancé l’enquête STEP ( Skills Towards Employment and Productivity), et démontré que l’occupation d’un emploi qualifié aide à développer les compétences de base, à faire progresser l’alphabétisation.

Toutes ces études ont permis en outre de cerner les causes profondes de la lenteur des progrès réalisés : un engagement politique insuffisant, des campagnes d’incitation peu efficaces et une faible demande de la part des intéressés, peu motivés pour admettre leur handicap et chercher une solution.

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Et en France ?

L’ ANLCI (Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme)

En 2013, la lutte contre l’illettrisme a été déclarée "Grande cause nationale". L’ANLCI, créée en 2000, s’investissait déjà activement dans ce domaine et avait vu baisser le nombre des illettrés en France de façon significative. . Son action se trouvait ainsi légitimée et encouragée, ses missions renforcées. Tous les ans, elle célèbre aussi la date du 8 septembre, l’occasion de faire le point sur les avancées de l’année. Elle a mis en place un collectif "Agir ensemble contre l’illettrisme", qui fédère 67 grandes organisations engagées dans le même projet, et ses objectifs pour les années à venir s’orientent dans quatre directions, ainsi que le précise son Directeur Hervé Fernandez :
- Faire baisser le taux actuel de l’illettrisme ( 7%) de deux points d’ici 2018.
- Développer prévention et action auprès des plus de 45 ans et chez les enfants, en
intervenant auprès des familles et des enseignants.
- Renforcer l’organisation partenariale.
- Diffuser de nouveaux outils à l’intention des apprenants et de ceux qui les encadrent.

Son champ d’action s’élargit peu à peu à toutes les branches de la connaissance. C’est ainsi que sa Revue de 2015 comporte un dossier intitulé : " La réforme de la formation professionnelle : un nouveau souffle pour la lutte contre l’illettrisme".

La CNFU (Commission Nationale Française pour l’UNESCO)

La CNFU est membre du collectif mis en place par l’ANLCI. Le 12 février 2014, elle a organisé, en partenariat avec cette dernière, une journée d’étude intitulée " L’Ilettrisme dans la société du savoir". L’objectif était d’introduire une dimension comparatiste à la réflexionn. L’équipe de l’ANLCI, a fait le point sur le chemin parcouru ces dix dernières années. Michèle Minne, membre de la cellule Alpha du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a apporté l’exemple de la Belgique francophone., évoqué l’association Lire et ecrire, comme un dispositif important de lutte contre l’analphabétisme Sandrine Dickel, directrice adjointe du Département Développement de l’agence Europe-Education-France (2E-2F), a présenté l’enjeu européen et l’élaboration d’un Agenda Européen pour l’Education et la Formation des Adultes (AEFA). L’Unesco était aussi présente, avec Borhène Chakroun et Venkata Subbarao Ilapavulari, qui ont rappelé la politique et l’ action de l’Organisation, et la nécessité de "penser désormais l’éducation comme un continuum tout au long de la vie, afin de construire une alphabétisation durable".

Suzy Halimi

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publié le 08/09/2017

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