Colloque international : « Une approche interdisciplinaire du patrimoine culturel immatériel » au Musée des Cinq Continents de Munich

Les 7 et 8 mars 2019 s’est déroulé à Munich un colloque international organisé conjointement par le Musée des Cinq Continents de Munich, l’Institut d’Histoire de l’Art de l’Université Louis-et-Maximilien de Munich et l’Institut des sciences politiques (École Normale Supérieure, Université Paris Saclay). Le profil des participant(es) a reflété l’interdisciplinarité souhaitée, avec des étudiant(es) et doctorant(es) en ethnologie, en droit et en histoire de l’art, des chercheurs des trois disciplines, des conservateurs, des responsables de départements ministériels de Bavière et d’Europe, et, d’une manière générale, des nombreuses personnes intéressées.

Ce colloque interdisciplinaire a marqué le premier pas très prometteur d’une approche partagée. Cela ne se limite pas uniquement au patrimoine culturel immatériel abordé à cette occasion, mais s’inscrit également dans les questions actuelles de la recherche de provenance dans les collections muséales en lien avec les contextes coloniaux du passé et qui exigent d’intégrer à la réflexion la question de la représentation indigène, des différents systèmes de communication et juridiques ainsi que des solutions intergouvernementales et communautaires.

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Madame Maget DOMINICÉ

Le congrès a permis l’ouverture de plusieurs champs de discussion : les ethnologues rappellent que le « bien culturel immatériel », en accord avec les approches théoriques ethnologiques sur la culture et l’identité ethniques, constituent depuis les années 40 un thème-clé des discussions entre ethnologues. La gestion de l’identité dépend en grande partie de son contexte : chaque individu possède plusieurs identités, celles-ci étant minimisées ou amplifiées selon les situations, et munies des marqueurs symboliques appropriés.

Les processus de négociation ont également été évoqués car ils sont cruciaux dans ce domaine, sur les différents niveaux comme entre les différents acteurs. Un des intervenant(es) a expliqué que « le patrimoine culturel est un discours », la négociation ne se joue pas seulement à l‘intérieur du groupe indigène, entre les groupes d’origine et l’UNESCO, ou entre les groupes d’origine et les institutions patrimoniales, mais également avec les juristes et sur le plan interétatique, ou encore sur le plan de la communauté virtuelle.

Plusieurs muséologues ont démontré que le bien/patrimoine culturel immatériel entretient une relation étroite avec le patrimoine culturel matériel. Le savoir qui se cache dans le matériel n’est que rarement reconstruit à travers l’analyse poussée des objets. Cela souligne le rôle des musées en tant qu’ « archive du patrimoine culturel matériel et immatériel de l’humanité », qui peut ainsi être préservé, exploré et, le cas échéant, revitalisé.

Du point de vue de l’histoire de l’art, la recherche sur les aspects artistiques et iconographiques de nombreuses traditions est de fait moins importante que les éléments soulignés par des sciences de la société, de la religion et de la musique. Deux points ont été évoqués au cours de la discussion : tout d’abord, que la tradition doit être bien documentée, et que la confrontation entre les motifs et les époques artistiques a été peu étudiée, et que la représentation des traditions vivantes dans les disciplines artistiques reste un champ de recherche en marge.

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L’ensemble des intervenants de la journée

La définition juridique de l’héritage culturel a été remise en question au cours du colloque, sous divers angles. Cette définition est devenue visible dans le système juridique, et a acquis sa place sur la scène internationale, grâce à la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Les termes d’héritage et patrimoine culturels immatériels furent thématisés en tant que déclencheurs de nombreuses incohérences. Le droit, malgré un lien fort avec la société, pourrait présenter des contradictions à l’égard du patrimoine culturel immatériel. Celles-ci, comme expliqué dans la discussion ayant suivi les conférences sur les pratiques sociétales, peuvent se trouver dans les divergences entre le préambule et les dispositions de la Convention de 2003 : les buts présentés dans les considérant, comme le développement durable ou la diversité culturelle, ont été formulés de manière consensuelle et ont été ainsi drastiquement affaiblis dans les dispositions. Il fut également avancé, dans la discussion ayant suivi les deux conférences d’introduction, que l’ « héritage » culturel est un terme étroitement lié à la représentation occidentale d’une transmission quasi-parentale, ce qui ne correspond pas à la réalité culturelle de beaucoup des groupes et personnes. Ceci est à mettre en rapport avec la question de l’influence occidentale sur le droit international, influence qui empêche la reconnaissance de la complexité du patrimoine culturel immatériel.

Au total le colloque a été l’occasion de contribuer à une meilleure compréhension des problématiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Après deux jours d’échanges fournis, on a souligné à quel point la question de la délimitation et de l’exclusion par les mesures de sauvegarde soulèvent de nombreux problèmes épistémologiques.

La recherche sur le patrimoine culturel et plus particulièrement sur le patrimoine culturel immatériel est loin d’être achevée : elle a gagné une dimension encore plus urgente dans le contexte des avances réalisées sur la gestion des objets et de l’échange avec les porteurs de traditions. Une approche interdisciplinaire est requise pour étudier ces thèmes dans toute leur complexité.


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publié le 09/07/2019

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