Discours de Daniel Janicot à la séance inaugurale du Comité français pour les sciences humaines et sociales (Programme MOST de l’UNESCO)

Discours introductif de M. Daniel JANICOT, Président de la Commission nationale française pour l’UNESCO, le Lundi 24 octobre 2016, Ministère des Affaires étrangères

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Je vais vous dire quelques mots sur la CNFU pour que vous compreniez ce qu’est cette institution et pourquoi elle a pris cette initiative. J’attendrai ensuite le Ministre pour commencer le fond. Comme vous le savez l’UNESCO a été créée en 1946 à la Conférence de Londres, le chef de la délégation française était Léon Blum et c’est lui qui a négocié l’équilibre général de l’Acte constitutif de l’UNESCO, qui date de 1945. Chaque État qui est membre de l’UNESCO, donc les 185 États, est représenté auprès de l’UNESCO par deux organes : l’organe diplomatique, l’Ambassadeur Délégué Permanent de la France auprès de l’UNESCO, aujourd’hui Laurent STEFANINI, qui a la charge du politique, du diplomatique, des relations entre les États membres, des relations avec les organes de gouvernance. Et d’autre part, une Commission nationale - tous les pays ont une Commission nationale, parfois ils ne l’ont pas constituée, mais en principe ils sont tenus de l’avoir - qui s’occupe plutôt du programme, des aspects scientifiques, qui participe à la mise en œuvre et à la diffusion des grands programmes de l’UNESCO. Vous êtes ici dans le cadre de la Commission nationale française pour l’UNESCO. Les deux organes, Délégation permanente et Commission nationale travaillent conjointement en étroite confiance. Notre Commission apporte à l’ambassadeur tous les éclairages dont il a besoin pour prendre ses positions au sein de l’UNESCO, et la Délégation permanente nous apporte le soutien officiel politique et diplomatique du gouvernement.

Cette Commission nationale a un double rôle. Elle doit, d’une part, apporter l’influence française à l’ensemble de l’UNESCO, c’est à dire, mettre ses experts, ses intellectuels, ses universitaires, ses académiciens, mais aussi les ONG, la société civile, à la disposition de l’UNESCO. C’est ce que nous allons faire aujourd’hui pour les sciences humaines et sociales. Et d’autre part, évidemment être le relai d’information et de diffusion sur ce que fait l’UNESCO en France. Donc elle agit dans les deux sens. Elle est une interface entre l’État français et l’UNESCO. La Commission nationale est une association de loi 1901, elle est dirigée par un Conseil d’administration composé de 12 personnalités et des représentants des différents ministères qui la soutiennent. La Commission française a été profondément réorganisée par Laurent Fabius, à la fin de 2014, pour lui donner la dynamique nécessaire et qui l’a réveillée un petit peu, parce que nous n’étions plus très actifs dans les travaux de l’UNESCO.

La CNFU a donc pris l’initiative, le Programme des sciences humaines et sociales, de créer le Comité français des sciences humaines et sociales et, qui n’existait pas, et je reviendrai sur ce point. Cette séance, s’organisera en deux temps. Une première partie pour les prises de parole et les interventions de cadrage de ce que nous allons faire, et une deuxième partie qui sera animée par Michel Wieviorka et qui sera consacrée aux questions de fond et aux sujets dont le Comité pourrait se saisir, par un échange de vues et un débat ouvert. Nous finirons vers 12h30, 12h45. Avec Michel Wieviorka, nous pensions à un rythme de une à deux réunions par an, pas d’avantage, mais le principe sera que chacun d’entre vous, éventuellement, s’il a envie de suivre tout particulièrement une question ou si un petit groupe de travail se constitue, pourra s’appuyer sur la CNFU.

Alors nous sommes dans une salle qui a été, comme vous l’avez vu, dédiée à la rencontre entre Felix Éboué et le Général de Gaulle. Felix Éboué apporte le soutien de l’AOF et de l’AEF au Général de Gaulle, nous sommes en 1941/1942, et c’est le début du basculement qui va se faire en faveur de la Résistance menée par le Général de Gaulle, et par la France, dans son combat.
Vous êtes ici dans les locaux du Département des Outre-mer, puisqu’on ne dit plus Dom Tom, comme vous le savez, mais les Outre-mer qui est une magnifique reconnaissance de la pluralité et de la diversité de chacune des composants des Outre-mer.

Un dernier élément que je voudrais vous livrer à ce sujet est que la Commission nationale a décidé de faire une analyse approfondie de la présence de l’UNESCO dans toutes les territoires de Outre-mer. Nous avons constaté que l’UNESCO est assez peu présente, sauf pour quelques éléments du patrimoine mondial de l’humanité, elle est assez peu présente dans les Outre-mer et donc je vais signer une convention avec le Ministère des Outre-mer pour avoir quelques moyens et commencer à regarder chacun des départements et territoires d’Outre-mer pour voir comment ils pourraient mieux profiter de l’ensemble des programmes des labels et des propositions de l’UNESCO. La Commission nationale avait surtout été centrée sur Paris et assez peu sur le territoire, elle commence aujourd’hui à se décentraliser et à aller sur le territoire. On va avoir un grand bilan de l’action de l’UNESCO sur tout le terrain métropolitain français.

Je salue Mme El Khouri qui représente le secteur des Sciences Humaines et Sociales de l’UNESCO et qui va nous faire l’honneur de lire un message de Madame Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO qui malheureusement est en déplacement.

Monsieur le Ministre, j’ai le plaisir et l’honneur de vous accueillir. Nous ne nous quittons plus puisque j’ai eu le privilège de votre présence à l’ouverture de la conférence sur les universités numériques il y a quelques jours. Et vous nous faites l’amitié de venir nous revoir pour installer officiellement le Comité français du programme des sciences humaines et sociales de l’UNESCO qui s’appelle en anglais MOST et en français Programme pour la gestion des transformations sociales. Je voudrais saluer la présence de Michael Worbs, président du Conseil Exécutif ; qui représente les 58 États membres du Conseil Exécutif. Je voudrais saluer Madame El Khouri qui va nous lire un message de Mme la Directrice Générale de l’UNESCO, et bien entendu saluer Michel Wieviorka, sans qui rien n’aurait pu être constitué.

L’installation de ce Comité s’inscrit dans une continuité historique qui est celle de la présence intellectuelle de la France au sein d’abord de la SDN et ensuite de l’ONU.

En effet, dans les années 1930, en 1926 et en fait jusqu’en 1940 il y avait auprès de la SDN, un Institut international de la coopération intellectuelle, qui a été la matrice de la future UNESCO. (L’UNESCO ayant, le moment venu, lancé ce Programme des sciences sociales et humaines.) Des personnalités comme Thomas Mann et Henri Bergson avaient été associés dès le début du fonctionnement de cet Institut, qui s’est arrêté évidement en 1940. Dès 1942, plusieurs pays, notamment les États-Unis, ont été à l’origine du réveil de cet Institut, et un groupe de travail, marqué par la présence de René Cassin, a commencé à formuler ce que pourrait être l’équivalent de cet Institut de coopération culturelle dans le futur schéma en train de s’esquisser dans le cadre de la conférence des Nations Unies.

Finalement une Conférence des ministres de l’éducation des pays victorieux s’est réunie à Londres en 1942 et a progressivement développé une matrice qui a été à l’origine de ce qui était une organisation des Nations Unies pour l’éducation. A été ajouté ultérieurement à l’éducation, la composante des sciences, mais les sciences au sens de sciences exactes et naturelles. On était très proche des cataclysmes nucléaires, les savants étaient très mobilisés, les préoccupations étaient grandes et donc on a rajouté in extremis les sciences au sens sciences exactes et naturelles à la mission de l’UNESCO.

Ce n’est que plus tard que les sciences exactes et naturelles se sont vues complétées par les sciences humaines et sociales. Jusqu’en 2003, il y a eu dans les rubriques d’activité des programmes de l’UNESCO deux sous rubriques qui s’appelaient, l’une Philosophie et humanités, et l’autre Sciences sociales. C’est à dire qu’on n’avait pas encore rapproché les deux dans un seul champ. Finalement ce sera fait en 2003 et à l’intérieur de cette réunification des familles philosophie / humanités et sciences sociales a été déclaré le programme MOST. Ce programme MOST attendait de chaque État membre qu’il puisse constituer un Comité national des sciences humaines et sociales, à la fois pour lui apporter son soutien, et pour représenter leurs pays au sein de l’UNESCO.

Si certains pays avaient déjà créé leurs Comités nationaux, la France n’avait jamais créé le sien. Bien entendu, chacun d’entre vous a eu des contacts avec l’UNESCO, à commencer par Michel Wieviorka qui communique très bien avec cette organisation et qui y a beaucoup travaillé. Mais la France n’avait pas de Comité national. Cette absence d’interlocuteur affaiblissait la position française. Donc la Commission nationale a décidé de créer ce Comité national et de le porter pendant deux ou trois ans en lui fournissant les moyens, si j’ose dire, le gîte et le couvert, et bien sûr, en l’accompagnant et en le soutenant moralement et intellectuellement.

Nous procédons donc aujourd’hui à l’installation officielle de ce Comité français. C’est vous-même, Monsieur le Ministre, qui allez le faire solennellement. Ce Comité se réunira deux fois par an. Michel Wieviorka va bien-sûr prendre mon relai pour vous en présenter les différents aspects, après vous avoir entendu, Monsieur le Ministre. C’est une date très importante dans l’histoire de la relation que la France a eue avec l’UNESCO, organisation intellectuelle du système des Nations Unies, organisation éthique. La Commission nationale est en train de préparer la contribution française à la modification de la Recommandation de 1974 sur le statut du chercheur scientifique. C’est quelque chose d’extrêmement important, car la Recommandation de 1974 est complétement dépassée, ayant été rédigée dans un climat de guerre froide. La Commission nationale est investie sur cela. En parallèle, en liaison avec la Maison des sciences de l’Homme, elle va favoriser le développement de deux chaires UNESCO, l’une consacrée à Edgar Morin, et l’autre, qui a déjà été créée, celle de Bernard Maris sur Économie et société. Je remercie encore beaucoup Michel Wieviorka pour son soutien et pour son engagement. Nous reprenons place dans la dynamique de cette organisation intellectuelle dont le siège est à Paris.

Je vous rappelle que c’est Léon Blum qui a obtenu que l’UNESCO soit à Paris, dans le cadre des négociations avec les britanniques, qui ont préféré choisir la première Conférence générale constitutive. Léon Blum, lui, a négocié le siège pour les suivantes à Paris. Donc c’est la seule organisation internationale à Paris, l’OCDE étant une organisation régionale. La seule est l’UNESCO et elle a, comme vous le savez, traversé beaucoup d’épreuves. Elle est en train de traverser des épreuves non négligeables sur les questions de Jérusalem sur les tensions entre la Chine et le Japon. Le fait également que les États Unis ne soient pas là (plus de cinq cents millions de dollars sont en attente de paiement de la part des États-Unis).

C’est une maison donc soumise à beaucoup de problèmes politiques, mais elle a encore ce rayonnement extraordinaire, mondial, qui fait que dès lors qu’on demande à une personnalité internationale de venir à Paris à l’UNESCO, elle y vient. Elle a une capacité mobilisatrice, elle a des réseaux extrêmement puissants, elle est articulée avec les universités, avec les ONG, donc elle a cette trame qui est sous elle et derrière elle et qui justifie qu’on ait espoir et confiance dans cette magnifique institution qui nous a été léguée par l’histoire et, comme je l’ai rappelé, qui vient de la SDN et de périodes troubles de la montée du fascisme. Elle a été le grand centre de la réflexion et de la réaction contre ces montées de courants et les vents les plus mauvais. Je vous remercie infiniment de m’avoir prêté un peu de temps, et Monsieur le Ministre nous sommes à votre disposition.

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publié le 28/11/2016

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