Discours de M. Laurent Fabius lors de la réception UNESCO au Quai d’Orsay - 5 novembre 2015

Paris, 5 novembre 2015

Monsieur le Président de la conférence générale,
Madame la Directrice générale,
Cher Yves,
Mesdames et Messieurs les Ministres, Ambassadeurs, Chefs de délégations,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Bienvenue dans cette maison. Je suis très heureux de vous y accueillir à l’occasion de la conférence générale de l’UNESCO. La plupart d’entre vous ont quitté il y a un instant les œuvres de Giacometti ou de Calder qui ornent le siège de l’UNESCO. Ici la décoration est un peu différente, j’espère que vous n’aurez pas un choc traumatique et esthétique.

La conférence générale marque toujours un temps fort mais cette année, je pense qu’il y a une symbolique particulière. L’UNESCO, comme les Nations unies, célèbre ses 70 ans. C’est à Londres en effet, en 1945, après deux conflits mondiaux, que ses fondateurs ont choisi de promouvoir la paix par l’éducation et par la culture. Depuis 1946, c’est à la fois l’honneur et le bonheur de la France d’être le pays hôte de cette belle Organisation.

Ce 70e anniversaire, malheureusement, s’inscrit dans un contexte qui souligne dramatiquement l’importance de l’UNESCO. Depuis maintenant plus d’un an, les barbares de Daech frappent le Moyen-Orient et pas seulement. Ce sont - je dis les choses franchement car si on nomme les choses, déjà on commence à s’en débarrasser - des violeurs, des égorgeurs. Ils ne s’en prennent pas qu’aux hommes, aux femmes et aux enfants, ils s’attaquent également à l’art, à la culture, à tout ce qui symbolise la diversité qu’ils veulent éradiquer. Et, au fond, leur devise, s’ils en avaient une, c’est la haine de la culture et la culture de la haine. Le monde entier a été choqué par les destructions des joyaux antiques de Palmyre en Syrie, le saccage du musée de Mossoul, de la cité assyrienne de Nimroud et de la cité Parthe de Hatra.

Face à ces crimes, la communauté internationale ne peut pas rester impuissante. S’agissant de tout ce qui concerne le patrimoine, un rapport sera remis dans quelques jours au président de la République qui annoncera un certain nombre de décisions - je ne veux pas anticiper sur son propos - lors de son intervention devant votre conférence générale le 17 novembre prochain. Ce qui est sûr, c’est que le rôle de l’UNESCO, Chère Irina, est central et sera central ; je salue, Madame la Directrice générale, votre mobilisation.

Je veux ajouter en cet instant - et on le comprendra j’en suis sûr - en notre nom à tous, une pensée particulière pour Khaled Assad, l’ancien conservateur du site de Palmyre décapité à la fin du mois d’août par Daech. Personnellement je le connaissais, c’était un homme exceptionnel dont toute la vie a été consacrée au savoir et à la paix. Les barbares de Daech l’ont assassiné mais ils ne pourront pas décapiter sa mémoire.

Au-delà du 70e anniversaire, 2015, ce sont aussi les dix ans de la Convention de 2005 sur la diversité culturelle dont mon pays a été un des inspirateurs. L’enjeu aujourd’hui, c’est l’adaptation de cette Convention à la révolution numérique. Des travaux ont été engagés au sein de l’UNESCO sur cette question. Nous les soutenons avec un double mot d’ordre : il faut mettre le numérique au service de la diversité culturelle et il faut éviter que le numérique ne conduise à l’uniformisation.

Enfin, 2015 c’est l’année de la COP21, la Conférence de Paris pour le climat. Elle va débuter à la fin de ce mois et j’aurai la responsabilité de la présider. Je rappelle souvent cette anecdote. C’était il y a trois ans à Varsovie, lorsque j’ai proposé au nom de la France que nous soyons choisi - choix facilité par le fait que nous étions les seuls candidats - j’ai donc été ou plutôt la France a été élue par acclamation et à l’issue de cette séance, tous les participants qui n’étaient pas tous francophones - beaucoup parlaient anglais- sont venus me voir et m’ont tenu un très court propos à peu près toujours identique et dont je comprends aujourd’hui le vrai sens : « Monsieur Fabius, good luck ! ».

La Conférence va donc débuter d’ici quelques jours, elle sera l’aboutissement de nombreux mois de travail, de négociations, de mobilisation. L’UNESCO - et j’en remercie Irina Bokova - a pris toute sa part dans la préparation de cette conférence en accueillant plusieurs événements importants auxquels j’ai eu le plaisir de participer. Je pense en particulier au sommet « Entreprises et climat » au mois de mai, à la Journée mondiale des océans au mois de juin et à la magnifique conférence scientifique de juillet qui a réuni plus de 2000 experts du monde entier, sans doute le plus grand rassemblement de la communauté scientifique avant la conférence de Paris. Tous ces événements auxquels s’ajoutent les programmes scientifiques de l’UNESCO ont contribué à la dynamique positive qui, nous l’espérons, conduira au succès absolument indispensable en décembre.

Maintenant, après avoir passé la parole à Mme la Directrice générale, je vous proposerai de passer à une autre partie de notre réception, mais, là encore, nous retombons sur l’UNESCO qui nous a fait l’honneur de classer en 2010 le repas gastronomique des Français au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il ne s’agit pas ce soir de repas mais plutôt d’une légère introduction à la gastronomie française. J’espère que ce qui vous sera servi ce soir ne conduira personne à demander immédiatement notre radiation du patrimoine de l’UNESCO.

Chers Amis, vous êtes chez vous, la parole est à Irina Bokova, je vous remercie.

publié le 07/01/2016

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