Discours de Mme George Pau-Langevin à l’occasion du 350ème anniversaire de la mort de la Reine d’Angola Njinga a Mbande

Célébration du 350ème anniversaire de la mort de la Reine angolaise Njinga a Mbande et du centenaire de la naissance d’Aimé Césaire, poète et intellectuel français de Martinique.

Mme George Pau-Langevin (©UNESCO/E. Urbano) - JPEG

Discours de Mme George Pau-Langevin, Ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de la Réussite éducative

Madame la Directrice générale,

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs de cet événement qui célèbre à la fois le 350ème anniversaire de la mort de la Reine Njinga Mbandi et du centenaire de la naissance d’Aimé Césaire. Le rapprochement entre ces deux destins, par-delà les siècles, peut paraître surprenant et je ne me risquerai pas ici devant vous à dresser un parallèle entre ces deux personnages extraordinaires.

Je connais mal en effet cette reine angolaise, reine guerrière et diplomate redoutable. Je connais un peu mieux la vie et l’œuvre d’Aimé Césaire. L’une et l’autre se rejoignent, il me semble, dans leur lutte pour la reconnaissance de la dignité de chaque être humain, quelle que soit la race, le sexe ou la religion, dans leur combat pour la liberté et l’égalité. Nous avons là deux résistants et les valeurs qu’ils ont défendues forment un héritage qui nous oblige.

Aimé Césaire restera l’une des grandes consciences du XXème siècle, aux côtés d’autres grands hommes dont il aura partagé les convictions et les combats. Je pense bien sûr à Nelson Mandela qui vient de nous quitter.

Homme de lettre et homme d’action, poète et député à l’Assemblée nationale française, Aimé Césaire restera dans l’histoire comme le théoricien et le combattant inlassable de la négritude, un héraut de la résistance à toute forme d’oppression et de répression, l’une des grandes voix qui ont dénoncé le colonialisme, poussant la République française à être fidèle à ses valeurs fondatrices. Un homme de convictions donc et un homme de courage pour qui le Verbe devait servir une cause : avec lui, la littérature est politique.

Mesdames et Messieurs,

Aimé Césaire, le personnage mais son œuvre aussi, aura transcendé les frontières pour toutes celles et tous ceux qui se sentaient opprimés et qui se reconnaissaient dans son combat, « les sociétés vidées d’elles-mêmes, cultures piétinées, institutions minées, terres confisquées, religions assassinées, magnificences artistiques anéanties ». Il le disait lui-même dans son célèbre Cahier d’un retour au pays natal :Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Le meilleur hommage que nous puissions rendre à ces grandes figures que sont Aimé Césaire, Toussaint Louverture, Louis Delgrès ou Victor Schoelcher, pour ne citer que ceux-là, c’est certainement de nous montrer dignes de leur héritage et des principes qu’ils nous ont légués.

Ce combat contre l’injustice et le racisme, pour la reconnaissance de l’égale dignité de tous, reste un combat d’actualité. Pour reprendre les mots pressants d’Aimé Césaire : « Se rappeler que le combat, le séculaire combat pour la liberté, l’égalité et la fraternité, n’est jamais entièrement gagné, et que c’est tous les jours qu’il vaut la peine d’être livré. »

Il ne doit y avoir sur ce terrain ni répit, ni compromission. C’est une vigilance de tous les instants, partout, une rigueur scrupuleuse qui nous interdit de détourner le regard. Aimé Césaire le disait lui-même citant d’ailleurs Victor Schoelcher : « Si l’on dit une fois que ce qui est moralement mauvais peut être politiquement bon, l’ordre social n’a plus de boussole. La violence commise envers le membre le plus infime de l’espèce humaine affecte l’humanité entière. La liberté d’un homme est une parcelle de la liberté universelle. Vous ne pouvez toucher à l’une sans compromettre l’autre tout à la fois ».

Mesdames et Messieurs,

C’est là je crois que notre présence aujourd’hui au siège de l’UNESCO prend tout son sens. Il suffit de relire le Préambule de la Convention de 1945 pour retrouver ces mêmes idéaux : le respect universel des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, l’idéal démocratique de dignité, d’égalité et de respect de la personne humaine, la lutte contre l’ignorance et le préjugé, source de tous les obscurantismes et toutes les violences, l’impératif de solidarité intellectuelle et morale de l’humanité.

L’UNESCO a été pensée pour permettre une meilleure compréhension entre les peuples par le libre échange des idées et des connaissances, par le développement des relations entre les peuples, par la coopération des nations du monde dans les domaines de l’éducation, de la science et de la culture.

L’UNESCO compte au nombre des grandes priorités de son action l’Afrique, qui porte en elle tant de richesses et de promesses. Vous savez que la France a avec ce continent une longue histoire, faite d’ombres et de lumières. Nous souhaitons que cette relation particulière soit définitivement débarrassée des relents du colonialisme et de ses avatars que dénonçait justement Aimé Césaire. Le récent Sommet de l’Elysée l’a rappelé. Les interventions au Mali et en tout récemment encore en RCA l’ont montré : l’Afrique sait pouvoir compter sur la France lorsque l’essentiel est en jeu.

Cher amis,

Au-delà de la commémoration des grandes figures de notre histoire partagée, la mission fondamentale de l’UNESCO, pour la sécurité et la paix internationales, c’est de témoigner et d’alerter, c’est de rassembler des femmes et des hommes de bonne volonté, c’est de porter une solidarité en actes. C’est notre responsabilité individuelle et collective. C’est la raison pour laquelle nous sommes réunis aujourd’hui./.

Je vous remercie.

(Seul le prononcé fait foi)

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©UNESCO/E. Urbano
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Mme Irina Bokova (©UNESCO/E. Urbano)

Lire l’article sur cet évènement sur le site de l’UNESCO.

publié le 19/12/2013

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