Discours de Mme Yamina Benguigui à la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela

Mme Yamina Benguigui, Ministre déléguée à la Francophonie © UNESCO/Emilien Urbano - JPEG

Monsieur le Sous-directeur général de l’UNESCO

Monsieur le Doyen du corps diplomatique

Monsieur le Doyen du corps diplomatique africain

Madame l’Ambassadrice d’Afrique du Sud

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Nous voici aujourd’hui rassemblés à l’UNESCO dans cette enceinte du dialogue des cultures pour honorer le combat de Nelson Mandela.

Ce n’est pas sans émotion que je me tiens ici parmi vous dans cette salle.

Le combat de Nelson Mandela contre l’apartheid était un combat pour le vivre ensemble, au-delà des différences raciales.

Il a transformé notre rapport à l’Autre, notre regard sur l’Autre.

Son combat a inspiré l’engagement de générations entières, bien au-delà de l’Afrique du Sud.

Il a eu des répercussions sur chacun de nous.

Nelson Mandela a ouvert la porte d’un monde post racial, c’est le monde dans lequel nous vivons.

C’est dans ce lieu de réconciliation qu’est l’UNESCO que j’aimerais rappeler tout ce que le combat de Nelson Mandela a apporté à notre France, qui était une France post coloniale.

La France portait en elle les blessures rentrées de la peur de l’autre, ferment de la haine raciale.

Ce combat que menait Nelson Mandela a traversé nos consciences, notre jeunesse, il nous a forgé. Il a forgé notre regard sur l’Autre.

Son combat a ouvert la porte d’un monde post-racial.

Il a fait qu’en France, nous avons commencé à travailler à ce vivre ensemble, et à construire cette France multi raciale.

C’est cette France multi raciale qui s’est levée en 1983, qui a marché pour l’égalité et contre les discriminations.

C’était exactement jour pour jour.. il y a 30 ans.

Je me souviens, en 1989, c’est avec Danielle Mitterrand que je m’engage dans le combat qu’elle menait au sein de la Fondation France Libertés.

Et c’est ainsi que j’ai démarré ma carrière de cinéaste engagée. En filmant, pour Danielle Mitterrand, les négociations de Marly-le-Roy entre l’ANC et le régime de Pieter Botha.

4 mois après sa libération, Nelson Mandela se rend à Paris, pour sa 1ère visite à l’étranger. Il se rendra à la fondation France Liberté en premier. Aimé Césaire, Breyton Breytonbach, Barbara, François Mitterand, sont présents.

Et ce jour-là, le 7 juin, Danielle me donnera l’exclusivité de filmer ce moment historique.

C’est ici, à l’UNESCO, qu’en 1991, j’ai filmé la troupe de théâtre de l’ANC, Amandla, (« Liberté »).

Des membres de l’ANC racontaient sur scène l’histoire du parti … avec pour seul décor le drapeau de l’ANC.

Le combat de ces hommes et femmes qui avec Mandela pour chef, souhaitaient la liberté pour les leurs, une Nation pour tous : Noirs, Blancs, Indiens, métis. Une Afrique du Sud libre et unie.

Je tremblais en réalisant ce film.

A ce moment-là, je n’étais qu’un petit caillou qui accompagnait un mouvement de fond pour un monde égalitaire, équitable, solidaire.

Ce jour-là, lorsque je lui serre la main, et que je passe quelques heures avec lui, que je le filme, j’ai conscience que je sers la main de l’histoire.

J’ai en face de moi, celui dont le combat a inspiré mon engagement, et celui de très nombreux français d’origine immigrée, qui militaient pour plus d’égalité.

Il a construit un nouveau monde.

Il est l’incarnation de la réconciliation.

Celle qui se fait en transcendant souffrances, rancœurs et divisions.

Il nous a donné aussi la force de ne jamais oublié d’où l’on vient.

Oui, le combat de Mandela a structuré une école de pensée… mon identité.

Voilà ce qu’il nous a laissé en héritage.

Voilà ce qu’il m’a laissé.

Nous ne devons pas être tristes, nous ne devons pas pleurer, nous devons juste voir dans ces funérailles un nouveau chapitre de son action.

Nous allons enterrer l’homme, mais jamais son message, jamais ses idées.

Il a encore besoin de nous guider car le monde a un nouveau défi : celui des extrémismes religieux, socle inaliénable de la haine.

Mandela a laissé une génération d’adultes pour qui la lutte contre l’apartheid était constitutive de leur identité.

Il a tracé la route.

A nous de poursuivre sur ce chemin.

Yamina Benguigui

Voir aussi :

Lire le communiqué de M. Laurent Fabius.

"Hommage à Nelson Mandela" sur le site France Diplomatie.

Article "Hommage à la vie et à l’héritage de Nelson Mandela" sur le site de l’UNESCO.

publié le 12/12/2013

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