S.E.M. Philippe Lalliot à la réception des fonctionnaires internationaux français de l’UNESCO

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Madame la Directrice générale,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir répondu si nombreux à mon invitation. Pour ne rien vous cacher, je n’imaginais pas un pareil succès. On me dit que certains ont même interrompu leurs vacances pour être avec nous aujourd’hui. J’en suis particulièrement touché.

La relation privilégiée qu’entretient notre pays avec l’UNESCO, c’est d’abord, c’est surtout, les Françaises et les Français qui y travaillent et qui l’incarnent. Si besoin était, votre présence en nombre l’illustre de façon éclatante.

Je voudrais commencer… par le commencement. Londres, 1945, la Conférence des Nations Unies pour l’établissement d’une organisation pour l’éducation et la culture, qui donnera naissance à l’UNESCO. Les bombardements ont mis hors d’usage les salles de conférence. On se réunit dans un bâtiment de fortune et difficile à chauffer. L’un des participants, britannique, témoigne : « Je voudrais rappeler ce matin froid de novembre, où, dans une petite pièce sans chauffage, le comité de rédaction préparait la version finale de la Convention et essayait d’obtenir des textes équivalents en français et en anglais.

L’énergique président MacLeish, chef de la délégation des Etats-Unis, venait de forger le célèbre « c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix », et le Français Etienne Gilson, la non moins inspirée : « féconde diversité des cultures ». Le texte de l’article premier était approuvé, tout le monde avait froid, on était en retard pour le déjeuner, et MacLeish déclara que, selon lui, un progrès réel avait été accompli dans la matinée. Se tournant vers Etienne Gilson, il ajouta : « Eh bien, monsieur Gilson, je pense que vous reconnaîtrez que c’est mieux à présent ! » La réponse de Gilson fusa, provoquant l’hilarité : « Non, ce n’est pas mieux ! Mais je m’y habitue ».

Voilà en quelques mots résumée la relation franco-américaine, « franche et constructive » selon la formule diplomatique, rugueuse parfois, amicale toujours. L’anecdote préfigure aussi cette règle du consensus qui, pour être non-écrite, n’en prévaut pas moins à l’UNESCO. Elle témoigne surtout de la trempe, de l’intelligence et de l’énergie des femmes et des hommes qui, aux lendemains immédiats de la guerre, ont su construire un système multilatéral fondé sur l’union des nations, particulièrement ceux qui ont œuvré à la création de l’UNESCO.

Ne vous y trompez pas. Il n’y a, dans mon propos, aucune nostalgie pour un passé révolu. Je crois au contraire qu’il est de notre responsabilité, individuelle aussi bien que collective, de retrouver ce souffle et cette force de conviction des pères fondateurs. A nous Français en particulier de travailler en ce sens et de nourrir la relation privilégiée qu’a l’Etat du siège avec l’organisation qu’il est fier d’avoir contribué à créer et fier d’accueillir à Paris.

C’est tout le sens du discours du ministre des Affaires étrangères à la dernière Conférence générale quand il a souhaité que « l’action de l’UNESCO au service de l’éducation, de la culture, de la diversité, des droits des femmes, de la liberté d’expression soit poursuivie et dynamisée ». C’est tout le sens aussi de son propos lorsqu’il a affirmé que « la France veut assumer toute sa place, dissipant un sentiment de relatif amoindrissement de l’intérêt de la France pour l’UNESCO ».

C’est tout le sens encore de l’hommage que vous a rendu Laurent Fabius en marquant notre « confiance en la capacité de l’UNESCO d’avancer, grâce à vous tous, grâce à la communauté de femmes et d’hommes compétents et passionnés qui constituent le Secrétariat et grâce au courage de sa Directrice générale ».

Cher amis,

D’ores et déjà, nous avons commencé à réfléchir par exemple à la meilleure manière d’associer le plus étroitement possible l’UNESCO, ses grands programmes scientifiques et son expertise inégalée à la conférence Paris Climat 2015 qui sera, comme vous le savez, le prochain grand rendez-vous international en matière de lutte contre le changement climatique.

Nous souhaitons aussi que le rôle de chef de file de l’UNESCO soit reconnu dans les discussions sur la place de l’éducation dans la définition des politiques de développement post-2015. Nous voulons également relancer le débat sur la diversité culturelle à l’heure du numérique alors que nous approchons du 10ème anniversaire de la convention de 2005. Nous estimons aussi qu’il faut nous pencher sur les questions de plurilinguisme. De la même manière, nous serons très vigilants sur le respect de certains principes fondamentaux tels que la liberté de la presse et la protection des journalistes.

Ce ne sont là que quelques exemples des priorités de la France mais vous voyez qu’à rebours d’un discours malthusien et pessimiste sur l’UNESCO, nous avons de grandes ambitions pour cette organisation, à nos yeux plus que jamais nécessaire à la lutte contre l’ignorance, les préjugés, l’obscurantisme, les violences, à nos yeux plus que jamais nécessaire à la sécurité et à la paix internationales.

D’ores et déjà aussi, nous avons lancé le processus de réforme de la Commission nationale française pour l’UNESCO dont je salue certains des membres présents aujourd’hui. Un groupe de travail est en train de se mettre en place. Il associera les représentants de toutes les administrations concernées, de grandes personnalités et le Président de la CNFU, sous la présidence de Daniel Janicot. Certains des membres de ce groupe nous font l’amitié d’être avec nous. Je les salue et les remercie de leur aide. Ils rendront leurs conclusions fin janvier au ministre des Affaires étrangères.

Viendra ensuite une phase de travail sur le fond pour bâtir une stratégie nouvelle de mobilisation de la société civile, de partenariats avec nos institutions culturelles et éducatives ainsi qu’avec les partenaires privés, pour formuler des recommandations au printemps prochain dans chacun des grands domaines de compétences de l’UNESCO. Je compte sur votre soutien pour mener à bien ce nécessaire effort de remise à plat, de réflexion et de proposition.

Cher amis,

Ce travail visant à permettre à la France d’être force de proposition et d’action se fera alors que l’UNESCO traverse une passe décisive et difficile.

Il ne faut pas sous-estimer la profondeur de la crise que traverse l’Organisation. Vous la mesurez comme moi et, comme moi, vous savez que des choix difficiles devront être faits. C’est vrai des programmes de l’UNESCO qui connaissent déjà d’importantes tensions. C’est vrai également de la nécessaire mais délicate restructuration du Secrétariat.

Mais il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. L’UNESCO a réussi à surmonter les difficultés du passé. Nous devons tout faire pour qu’elle sorte plus forte des épreuves auxquelles elle est confrontée aujourd’hui. Je voudrais ici renouveler le soutien de la France à la Directrice générale dont nous ne doutons pas qu’elle saura mener à bien, avec discernement et sagesse, cette tâche extraordinairement compliquée.

Sachez en tous les cas que la porte de la Délégation française vous est toujours ouverte, à commencer par la mienne mais aussi celle de tous mes collaborateurs, ici à mes côtés, sachez que vous y trouverez toujours une oreille attentive et que nous sommes à votre disposition pour vous écouter et vous aider autant que nous le pourrons.

Mon message pour conclure aujourd’hui est simple : les missions de l’UNESCO sont plus que jamais pertinentes ; cette organisation regorge de talents ; nos priorités convergent ; travaillons ensemble. N’y voyez aucune naïveté, aucun optimisme béat de ma part mais la conviction profonde que c’est dans l’intérêt de tous, celui de la France comme celui de l’UNESCO. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, et en premier lieu celles de la communauté française de l’UNESCO dans son ensemble.

A toutes et à tous, je renouvelle mes remerciements d’être venus si nombreux aujourd’hui pour cette réception en votre seul honneur dont je souhaite qu’elle se tienne chaque année à la même période.

A chacune et à chacun d’entre vous enfin, je souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et une très bonne année 2014./.

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Mme Irina Bokova et S. Exc. M. Philippe Lalliot
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Mme Claudia Cardinale

publié le 07/03/2014

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