Discours de S.E.M. Philippe Lalliot lors du débat plénier de la 195ème session du Conseil exécutif - 21 octobre 2014

Intervention de S.E.M. Philippe Lalliot, Ambassadeur de la France auprès de l’Unesco, lors du débat plénier de la 195ème session du Conseil exécutif du 21 octobre 2014

Madame la Directrice générale,
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Monsieur le Président du Conseil exécutif,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je relisais récemment certains textes de Léon Blum sur l’UNESCO, cette « conscience des Nations Unies », selon ses propres mots. J’ai été frappé par la grande modernité de ses propos.

« La libre circulation de la pensée, le progrès de l’éducation des peuples, le développement de la culture, l’avancement des sciences dans tous les domaines sont essentiels au progrès du bien-être humain ainsi qu’au maintien de la sécurité et de la paix ».

Cette conception de l’homme, de sa dignité et de ses droits inaliénables me paraît être plus pertinente que jamais, alors que nous sommes confrontés à toujours plus de violences, d’intolérance et d’obscurantisme.

Ce sont ces valeurs consacrées par notre Charte, le lien fait entre culture, éducation, paix et sécurité, la primauté du droit, le respect des libertés fondamentales et de la démocratie qui restent au cœur de nos préoccupations et fondent notre attachement indéfectible à l’UNESCO.

Mesdames et Messieurs,

Prenons garde de ne pas considérer ces valeurs comme acquises. Ce serait une erreur, pour ne pas dire une faute. Ces valeurs sont la raison d’être de l’UNESCO et ce sont elles qui nous permettront de relever les trois grands défis du XXIème siècle : la paix, le développement et la protection de l’environnement.

Nous nous félicitons à cet égard que l’UNESCO ait su conforter son rôle de chef de file dans les discussions sur la place de l’éducation dans les politiques de développement post-2015.

Nous nous réjouissons qu’elle se soit portée à l’avant-garde de la protection des patrimoines, au Mali, en Syrie et en Irak car, sans le respect de toutes les cultures, dans leur diversité, il ne peut pas y avoir de paix durable.

Nous nous félicitons également que l’UNESCO fasse entendre sa voix en faveur de la liberté d’expression et sur la difficile mais essentielle question de la sécurité des journalistes, et qu’elle soit, de manière générale, plus présente et visible dans les domaines de sa compétence.

Madame la Directrice générale,

Depuis plus de cinq ans, sous votre conduite, l’UNESCO s’est ainsi efforcée de continuer à porter haut ses couleurs et, dans le même temps, de conduire d’importantes réformes. C’est d’autant plus remarquable que cela a été fait dans les pires circonstances, alors que le budget de l’Organisation était, et reste encore aujourd’hui, amputé du quart de ses ressources.

Parfois douloureuses, ces réformes étaient courageuses et nécessaires. Elles doivent être poursuivies, comme vous l’avez dit vous-même, dans l’intérêt de l’UNESCO dont les actions, comme celles de toute organisation internationale, ne sont légitimes que si elles sont efficaces.

Ce Conseil exécutif aura à débattre des propositions que vous lui avez faites pour le budget du prochain biennium. Vous avez souligné hier, avec éloquence, le paradoxe auquel est confrontée l’UNESCO, toujours plus sollicitée mais avec des moyens toujours plus contraints.

Certains Etats membres, dont la France, doivent faire face à une difficulté de même ordre, non moins redoutable, qui oppose d’une part leur attachement viscéral à cette Organisation qu’ils ont contribué à créer et, d’autre part, la situation elle aussi contrainte de leurs finances publiques qui leur laisse de fait peu, voire aucune marge de manœuvre.

C’est de ce double paradoxe, et de cette double contrainte, dont nous allons parler. Nous le ferons avec la volonté de part et d’autre, j’en suis sûr, de trouver les meilleures solutions, y compris par une plus grande diversification des ressources et des partenariats, dans l’intérêt supérieur de l’Organisation et de chacun de ses Etats membres.

Mesdames et Messieurs,

C’est dans cet esprit de confiance et de responsabilité que la France entend participer à la réflexion commune et être une force de proposition et d’action au service de l’UNESCO.

Nous l’avons fait le mois dernier en proposant l’adoption par les comités de bioéthique de l’UNESCO d’une résolution sur l’épidémie d’Ebola.

Nous l’avons fait, avec la Délégation irakienne, en organisant, le 29 septembre dernier, un colloque sur la protection du patrimoine irakien que nous souhaitons prolonger par l’adoption d’une résolution du Conseil exécutif. Je remercie la soixantaine de Délégations qui a accepté de cosigner ce texte dont j’espère qu’il rassemblera le plus large consensus.

Nous le ferons également pour préparer la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris, en décembre 2015. Je peux d’ores et déjà vous dire qu’en étroite coordination avec le Secrétariat, nous prévoyons d’organiser quelques grands événements au siège-même de l’UNESCO, notamment un Sommet des entreprises en mai, des manifestations à l’occasion de la Journée des Océans en juin avec la Délégation de Monaco, une conférence internationale qui rassemblera plus de 1000 scientifiques en juillet et un Forum des Jeunes principalement consacré à la lutte contre le dérèglement climatique en novembre.

Nous ferons aussi des propositions en matière de diversité culturelle, en prévision du 10ème anniversaire de la Convention de 2005. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé, avec la Délégation canadienne, l’inscription d’un point sur la diversité culturelle à l’heure du numérique, à l’ordre du jour de la prochaine réunion de décembre sur ce sujet.

Nous le ferons enfin, pour ne prendre que quelques exemples sur des thèmes pour nous prioritaires, sur l’éducation, plus particulièrement l’éducation des filles. Dans la foulée de la conférence que nous avons récemment organisée sur les violences faites aux filles en milieu scolaire, nous souhaitons notamment présenter une résolution au Conseil exécutif de printemps sur ce sujet. Nous pensons en outre que nous devrions inviter les deux nouveaux Prix Nobel de la Paix à venir s’exprimer à l’UNESCO sur le thème général de l’éducation, des droits de l’Homme, du développement et de la paix.

J’ai déjà dit et je répète ici que l’UNESCO n’est pas pour nous une organisation technique cantonnée à des fonctions périphériques mais bien une organisation politique dédiée à des missions stratégiques. A l’approche de son 70ème anniversaire, vous voyez que nous avons pour notre Organisation des ambitions aussi fortes que réalistes. Je vous remercie./.

publié le 21/10/2014

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