Discours de S.E.M. Philippe Lalliot lors de la conférence internationale "Enseignement supérieur et Numérique : quelles attentes des sociétés africaines ?" (6 et 7 mai 2015)

Discours de S.E.M. Philippe Lalliot, Ambassadeur de la France auprès de l’Unesco, lors de la conférence internationale "Enseignement supérieur et Numérique : quelles attentes des sociétés africaines ?" organisée par la Commission nationale française pour l’UNESCO (CNFU), en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (6 et 7 mai 2015).

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Président de la CNFU, Cher Daniel,
Mesdames et Messieurs,

Eduquer, éduquer, éduquer : ce mot d’ordre n’a eu de cesse d’être répété ici à l’UNESCO qui en a fait, depuis sa création, l’une de ses toutes premières.

Pendant de nombreuses années, c’est l’éducation de base, l’éducation primaire et secondaire, qui a fait l’objet de toute notre attention. Nous nous accordons tous à dire que c’était un choix nécessaire. Comment en effet envisager un accès généralisé à l’enseignement supérieur quand près de 100 millions d’enfants n’avaient même pas accès à l’éducation primaire en 2000 ?

Mais une évolution se dessine aujourd’hui dont nous ne pouvons que nous réjouir. De plus en plus, l’enseignement supérieur est en effet pensé comme une composante indispensable de toute politique éducative, ici à l’UNESCO mais plus largement au sein des Nations Unies.

La tenue de cette conférence, et je remercie la CNFU d’en avoir pris l’initiative et de m’avoir invité à en ouvrir la seconde journée en compagnie de la représentante de la Côte d’Ivoire à l’UNESCO, n’en est que plus pertinente, en ce qu’elle contribuera à la réflexion commune sur l’avenir de l’enseignement supérieur en Afrique et dans le monde, et sur les moyens mis à sa disposition pour poursuivre son développement.

L’attention particulière que nous portons à l’enseignement supérieur a plusieurs causes.

La première réside dans le fait que notre appui à l’éducation doit porter sur l’ensemble du continuum « enseignement primaire-secondaire-universitaire ». D’une part, parce que l’universalisation progressive de l’enseignement de base permet à autant de jeunes gens de poursuivre un enseignement universitaire. D’autre part, parce que l’enseignement primaire a aussi un besoin vital de l’enseignement supérieur pour atteindre l’universalité, en ce que lui seul peut assurer la formation des enseignants, gage de qualité de l’éducation de base.

Quand on sait que 60% de la population africaine ont moins de 35 ans, et que la population totale sur le continent pourrait passer de 1,1 milliard actuellement à 2,4 milliards en 2050, on comprend à quel point ce besoin est crucial. Toute politique éducative doit ainsi s’attacher à inclure une réflexion approfondie sur la formation supérieure, et se décliner en actions bénéficiant à l’enseignement supérieur et à la recherche.

La seconde raison pour laquelle nous portons une attention particulière à la formation supérieure résulte du fait que des progrès, certes encore insuffisants, ont néanmoins été accomplis dans l’accès à l’éducation de base : depuis 2000, plus de 12 millions d’enfants supplémentaires ont été scolarisés en Afrique ; l’amélioration des systèmes d’enseignement supérieur doit maintenant, lorsque ce n’était pas encore le cas, faire partie intégrante de nos politiques de coopération éducative.

Cette évolution des politiques éducatives se constate dans l’ensemble des pays partenaires. Aussi la préoccupation des Etats africains pour la formation supérieure et l’insertion professionnelle de leur jeunesse doit-elle être relayée et renforcée dans les actions menées par les organisations internationales.

C’est le cas bien sûr ici à l’UNESCO, où la Priorité Afrique réactualisée pour la période 2014-2021 intègre pleinement la dimension de l’enseignement supérieur dans son volet Education. S’inscrit dans la même veine la révision de la Convention régionale d’Arusha de 1981 sur la reconnaissance des études et des certificats, diplômes, grades et autres titres de l’enseignement supérieur des Etats d’Afrique pour que cet instrument soit mieux à même de répondre aux nouveaux défis induits par la mondialisation de l’enseignement supérieur.

Mais la prise de conscience s’étend plus largement au système des Nations Unies dans son ensemble. Les Objectifs du développement durable, qui devraient être adoptés à New York en septembre prochain, intègrent ainsi un élargissement du spectre, tout particulièrement dans la rédaction de l’Objectif 4 qui vise à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». De manière significative, l’un des sous-objectifs porte spécifiquement sur les bourses d’études offertes dans les pays en développement pour financer le suivi d’études supérieures.

Dans ce cadre global renouvelé et plus attentif à la situation de l’enseignement supérieur, les défis dans le monde mais surtout en Afrique, qui nous intéresse aujourd’hui, sont nombreux pour parvenir à un enseignement supérieur accessible à tous et de qualité. On peut citer, à titre d’exemple, la nécessité de disposer d’enseignants bien formés et en nombre suffisant, mais aussi de matériels et infrastructures adaptés, de systèmes d’information performants, ou encore l’élaboration de cursus de formation pertinents, la question des financements et l’exigence de développer des écosystèmes viables, capables de répondre à des besoins croissants.

Beaucoup d’actions en faveur de l’enseignement supérieur ont été menées, souvent au titre de coopérations bilatérales, et l’outil numérique y est souvent présent, de manière transversale. On le voit par exemple dans les actions menées par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Face à ces enjeux, l’UNESCO souhaite accompagner le développement de cet outil au service de l’enseignement supérieur, qui offre des opportunités d’accès à la formation radicalement nouvelles, sur un continent qui compte aujourd’hui plus de 350 millions de smartphones.

Les Etats africains partenaires sont à l’origine d’initiatives aussi innovantes que prometteuses. Je voudrais citer à titre d’exemple l’Université Virtuelle d’Afrique, lancée en 2014 : à terme, ce sont 21 centres d’apprentissage à distance qui seront ouverts dans 21 pays d’Afrique. Il s’agit d’un projet unique, qui dépasse les difficultés liées aux infrastructures et à l’accès aux contenus. Ce genre de structures permettra d’inclure dans l’enseignement secondaire les publics les plus éloignés de l’éducation : les femmes, les publics isolés ou en situation de handicap.

Cet exemple nous permet de mesurer à quel point le numérique ouvre des perspectives inédites en termes de travail collaboratif, de dissémination de l’information, d’accessibilité des contenus. Mais, pour extraordinaire que soit cette ressource, elle requiert aussi toute l’attention des acteurs concernés pour en faire un usage avisé et trouver des réponses aux questions posées par ces nouveaux supports du savoir, telles que la reconnaissance des compétences acquises, le respect des droits d’auteurs ou encore le contrôle de la qualité des contenus.

L’action des organisations internationales, des Etats et des établissements d’enseignement supérieur doit s’inscrire dans cet équilibre entre exploitation des nouvelles opportunités et appréhension des pré-requis, tant en termes d’infrastructures que de ressources humaines formées, afin d’accompagner le déploiement de l’outil numérique dans un cadre respectueux des contextes nationaux et des besoins exprimés. Enfin, cette question doit être appréhendée en gardant à l’esprit l’objectif final et primordial qu’est l’insertion des jeunes diplômés sur le marché de l’emploi d’un continent en pleine croissance ; là encore, le numérique pourra s’avérer un outil essentiel pour permettre la professionnalisation des cursus de formation et le renouvellement des pratiques pédagogiques.

Si je me permets d’attirer votre attention sur ces contraintes, c’est parce que la France, comme tous les pays, qu’ils soient ou non en développement, est confrontée à ce défi de l’enseignement supérieur et du numérique. En février 2015, le Conseil économique, social et environnemental a d’ailleurs publié un rapport spécifiquement consacré à ce sujet.

Des initiatives sont créées chez nous, qui pourraient demain jeter des ponts avec l’Afrique. C’est notamment le cas de France Université Numérique. Il s’agit d’une plateforme mise à disposition gratuitement par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis 2013 pour les établissements d’enseignement supérieur souhaitant faire héberger leurs supports pédagogiques numériques. Pour l’instant réservé aux établissements français, il a vocation à s’ouvrir aux établissements internationaux.

C’est aussi notamment pour cette raison que la Commission française pour l’UNESCO et le ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur ont tenu à faire en sorte que les conclusions de cette conférence puissent être versées à la rencontre des ministres de l’Enseignement supérieur de la Francophonie qui se tiendra à Paris le 5 juin 2015 en vue précisément d’examiner ces nouvelles perspectives de coopération dans le domaine des offres numériques, dans le cadre de concertation offert par l’OIF.

Ces évolutions du cadre international et ces différentes initiatives montrent à quel point l’enseignement supérieur est et sera une composante déterminante du développement des pays d’Afrique et une opportunité de coopération, bilatérale comme multilatérale. Plus que jamais, la réflexion commune et les échanges sur ces enjeux sont primordiaux. C’est tout l’objectif de la rencontre, que je vous souhaite aussi enrichissante et productive aujourd’hui qu’elle l’a été hier. Je vous remercie.

Pour voir le programme et le descriptif de la conférence "Enseignement supérieur et Numérique : quelles attentes des sociétés africaines ?", cliquez-ici.

publié le 21/05/2015

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