Hommage : Gisèle Halimi et l’UNESCO

La délégation permanente de la France auprès de l’UNESCO salue la mémoire de maitre Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020. Figure du mouvement féministe, avocate, écrivaine, militante politique, Gisèle Halimi a également été ambassadrice de la France à l’UNESCO entre le 13 avril 1985 et le 1er septembre 1986.

Modèle d’intelligence, de courage et d’intégrité, Gisèle Halimi mène de nombreux combats tout au long de sa vie. Elle dénonce la torture et les crimes de guerre et milite pour l’indépendance de la Tunisie et de l’Algérie. En 1971, elle signe le manifeste des 343 femmes, geste fort qui marque alors son engagement pour les droits des femmes. Elle fonde la même année, aux côtés de Simone de Beauvoir et de Jean Rostand le mouvement féministe « Choisir la cause des femmes », qu’elle préside à la mort de Simone de Beauvoir. Gisèle Halimi devient alors une figure de proue de la cause féministe et milite, entre autres, pour la dépénalisation de l’avortement, la criminalisation du viol ou l’égalité salariale.

Ces multiples combats, menés au nom des droits humains et de l’indépendance des peuples, sa défense de la culture et de la connaissance comme outils d’émancipation, sa croyance en la force du multilatéralisme et du dialogue entre États, la conduisent à devenir ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO en 1985. Gisèle Halimi bénéficie alors d’une aura internationale et sa nomination représente un message fort et symbolique pour tous les États membres de l’organisation.

Interrogée par Le Débat en 1985, au sujet de l’UNESCO et de sa vision de l’organisation, Gisèle Halimi affirme le « rôle irremplaçable de l’UNESCO  »1 . Elle en connaissait très bien le fonctionnement, ayant été chargée de rédiger un rapport à son sujet lorsqu’elle était parlementaire. Forte des résultats de ses investigations et face à ceux qui accusent alors l’UNESCO d’une trop grande politisation et remettent en question la légitimité et l’efficacité de son action, Gisèle Halimi répond à l’occasion de cet entretien que « s’il y a une chance de dialogue dans le monde, c’est par l’organisation internationale qu’elle passe » et que dans les domaines de la culture, de la science et de l’éducation, les actions de l’UNESCO « représentent un apport irremplaçable  »2 en faveur de la construction de la paix dans le monde et d’un universalisme fondé sur la solidarité, la fraternité et le partage.

Ses ouvrages Ne vous résignez jamais et La Cause des femmes, pour n’en citer que deux, résonnent encore pour les défenseurs des droits humains à l’UNESCO. En 2002, Gisèle Halimi s’exprime sur l’évolution du féminisme dans un article intitulé « Féminisme. Deux ou trois choses sur l’avenir… ». Elle alerte alors sur le phénomène de la mondialisation et le rapport des femmes à ce phénomène, indiquant que les femmes souffrent d’un sous-développement économique, culturel et politique. En plaçant les questions de genres et l’égalité des sexes comme domaines d’action prioritaire, l’UNESCO tente de poursuivre ce combat et d’œuvrer en faveur de l’universalisme « double » que Gisèle Halimi défendait. En effet, pour Gisèle Halimi l’universalisme républicain devait partir du « constat de la différence des sexes » et « raisonner en termes d’humanité et à partir de ces deux grandes moitiés qui constituent l’humanité, les hommes et les femmes.  »3 Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre aujourd’hui est d’œuvrer pour la mise en place de ce nouvel universalisme, nécessaire à la construction d’un monde plus égalitaire et plus solidaire.

1Halimi, Gisèle. « Défense et illustration de l’UNESCO. Entretien avec Gisèle Halimi », Le Débat, vol.5, no. 37, 1985, pp.4-12.
2Halimi, Gisèle. « Défense et illustration de l’UNESCO. Entretien avec Gisèle Halimi », Le Débat, vol.5, no. 37, 1985, pp.4-12.
3Halimi, Gisèle.« Féminisme. Deux ou trois choses sur l’avenir... » , Cités, vol. 9, no. 1, 2002, pp. 49-58.

publié le 06/08/2020

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