Hommage à Jean Rouch à l’UNESCO le 16.01.2015

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Cher amis,

Je voulais avant toute chose remercier la Fondation Jean Rouch, à commencer par sa Présidente, et Denis Vène, d’avoir eu l’idée d’organiser à l’UNESCO cet hommage à Jean Rouch, et accessoirement de m’y avoir invité.

Je me réjouis que l’Organisation puisse ainsi être associée aux commémorations des dix ans de la disparition de Jean Rouch, en complément des événements organisés au Niger et au Mali et aux côtés notamment de notre ambassade au Niger et du centre franco-nigérien.

Je dois avouer que je connais peu Jean Rouch, sinon le nom bien sûr d’un pionnier et d’une référence mondiale de l’ethnologie, en revanche très mal son œuvre, pourtant immense mais trop méconnue à mon goût.

Je suis passé hier soir voir l’exposition qui se trouve dans le hall de l’UNESCO. Les documents qui y sont présentés sont fascinants, en particulier les films réalisés au tournant des années 1940 et 1950, sur et autour du fleuve Niger. On comprend mieux alors l’influence qu’a eue Jean Rouch, au-delà des milieux universitaires et de la recherche, au-delà du documentaire, sur un Godard ou un Rohmer.

Cher amis,

Je n’ai aucunement l’intention de vous infliger une dissertation ex cathedra sur le cinéaste, l’ethnographe, l’auteur prolifique, l’africaniste, « Moi, un noir » pour reprendre le titre de l’un des films de Jean Rouch qui dit bien sa passion et son respect pour l’Afrique. D’autres, plus savants et pertinents que moi, vont vous parler ce soir de cette œuvre magnifique, de sa grande originalité et de sa grande modernité, de la nécessité aussi d’en assurer la parfaite conservation et de lui donner un plus grand rayonnement.

Je voudrais pour ma part souligner deux points.

Tout d’abord, les liens entre Jean Rouch et cette maison, qui justifient, si besoin était, que nous soyons rassemblés ici ce soir. On ne sait pas assez en effet que l’UNESCO a soutenu les activités de Jean Rouch, par l’intermédiaire notamment de son ami Enrico Fulchignoni, l’un des responsables à l’époque du secteur Culture de l’Organisation. Ses initiatives ont aussi donné l’opportunité aux premiers ethnologues cinéastes de montrer leurs travaux et de se rencontrer lors de colloques et séminaires UNESCO en Europe.

Jean Rouch a également dirigé des catalogues pour l’UNESCO, présidé le Conseil International du Cinéma, de la Télévision et de la Communication audiovisuelle, et réalisé un film coproduit par l’UNESCO : L’Afrique et la recherche scientifique. En un mot, Jean Rouch fait partie de la grande famille de l’UNESCO et nous en sommes très fiers. Nous avons d’ailleurs demandé ce matin-même que le centenaire de sa naissance soit au nombre des anniversaires que l’UNESCO fêtera avec un soin plus particulier en 2017.

Deuxièmement, et vous aurez l’occasion d’y revenir ce soir, notamment avec Christopher Thompson, son Vice-Président, vous savez que la Fondation travaille à la mise en place d’une grande banque de données de l’œuvre de Jean Rouch, composée de films bien sûr, mais aussi de bandes sons, de photos et d’écrits, avec pour objectif son inscription au Registre International « Mémoire du monde » de l’UNESCO.

C’est un très beau projet que justifient la qualité de l’œuvre de Jean Rouch et la nécessité de lui assurer, dans la durée, la plus large diffusion et l’accès pour le plus grand nombre. Elle y sera en la meilleure des compagnies, aux côtés par exemple du Metropolis de Fritz Lang et des films des frères Lumière. C’est un projet que justifie également la longue tradition de la France en matière de valorisation, de numérisation et de conservation des patrimoines.

A ces deux titres au moins, ce patrimoine exceptionnel du 20ème siècle que constitue l’œuvre de Jean Rouch, inscrit dans la grande tradition humaniste, mérite pleinement de trouver sa place dans la Mémoire du Monde. Vous pouvez compter sur mon soutien dans cette entreprise et sur celui de l’ensemble de la Délégation française auprès de l’UNESCO.

Je voudrais conclure par les mots-mêmes de Jean Rouch qui disait : « Moi, je préfère être dans l’arrière-garde. Elle a un gros avantage, c’est qu’elle parle =après= l’expérience ».

Je veux voir dans cette citation un fond de sagesse africaine car on sait l’attachement de l’Afrique à ses anciens. De la part d’un avant-gardiste, c’est en tout cas un conseil que nous devons tous méditer.

Aujourd’hui plus que jamais, alors que nous traversons des temps troublés, nous avons besoin d’hommes tel que Jean Rouch, des hommes de culture, de talent, de curiosité, de respect pour les autres.

Je vous remercie./.

publié le 16/01/2015

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