Hommage à l’UNESCO, Discours de Daniel Janicot

A l’occasion de la fin de son mandat à la Présidence de la Commission nationale française pour l’UNESCO, le Président Daniel JANICOT, livre quelques pistes de réflexion sur l’Organisation et un hommage à ses fondateurs comme aux générations à venir.

Au cœur de la stratégie d’influence de la France, les valeurs universelles – celles que l’on partage collectivement et qui nous animent individuellement – m’ont été transmises depuis mon enfance. Je garde le souvenir d’une visite de René Maheu, dans les années 1960, Villa Montcalm à Paris où nous vivions. Il était venu partager notre repas, son amitié avec mon père était solide – et parler de l’UNESCO et de la difficulté de bâtir la civilisation de l’universel telle que Teilhard De Chardin la concevait.

J’étais loin de penser qu’un jour, je serais Sous-Directeur Général de l’UNESCO. A la demande de Michel Rocard, j’ai en effet rejoint Federico Mayor en 1990 et j’ai travaillé à ses côtés pendant 10 années, jusqu’en 2000. Nous avons tout connu et tout entendu. L’effondrement du Mur de Berlin, la paix – éphémère – entre Israéliens et Palestiniens, le retour de l’Afrique du Sud parmi les nations, la tragédie du Rwanda, la guerre en Bosnie-Herzégovine et la destruction d’une partie de Mostar. Et mes trois visites chez Aung San Suu Kyi alors qu’elle était encore assignée à résidence. Un agenda international si chargé que ces 10 années passées à la Direction Générale de l’UNESCO se sont accumulées en un concentré de l’UNESCO, presque un instantané.

Lorsque Laurent Fabius m’a demandé de prendre la présidence de la Commission Nationale Française pour l’UNESCO en 2014, j’ai saisi cette proposition qui me permettait de voir l’UNESCO du point de vue d’un Etat et non plus de celui de l’organisation internationale et du Secrétariat de l’UNESCO. Au cours de ces 4 années, j’ai donc pu contribuer à cette stratégie d’influence française dont j’ai parlé il y a un instant. Servir la France à l’UNESCO et servir l’UNESCO en France. Par le hasard des circonstances, j’ai donc été le seul Président de la Commission qui ait été Sous-Directeur Général de l’UNESCO.

Il m’est difficile de distinguer ce que furent les traits saillants de cette période de 4 années. Notons d’abord que la France occupe le siège de la Direction Générale de l’UNESCO. Audrey Azoulay a été élue dans un contexte très difficile grâce à sa vision et à son énergie. Elle est en train de faire un excellent travail de transformation stratégique de l’UNESCO, dont les résultats commencent à se faire sentir. Je voudrais également souligner l’appui personnel du Président de la République à l’UNESCO qu’il a distingué dans l’architecture onusienne chaque fois qu’il l’a pu. Cela n’a pas toujours été le cas.

Il faut être bien conscient que l’entreprise de démantèlement du système multilatéral, construit avec patience par les Etats notamment, par les anciens belligérants, touche aux fondements même de nos principes et valeurs universels auxquels je faisais allusion. Le Président des Etats-Unis est un apprenti sorcier. Les Etats-Unis ont quitté l’UNESCO dans des circonstances inqualifiables et avec un langage ordurier. René Maheu doit se retourner dans sa tombe !

Malgré ce contexte d’ensemble, avec des succès et des échecs, j’observe que l’UNESCO traite de façon sérieuse et approfondie les grands dilemmes de notre époque : le réchauffement climatique, la protection de toutes les espèces, l’eau, les enjeux éthiques de la science et les menaces de voir émerger des apprentis sorciers, je pense au transhumanisme, les enjeux technologiques des réseaux, d’Internet, des questions de protection de la vie privée, de dark net etc … Le site de la CNFU témoigne de notre activité dans ce sens, agissant avec la France et avec l’UNESCO.

Il y a un point qui me donne beaucoup d’inquiétude : celui de la protection du patrimoine culturel de chaque pays. L’UNESCO a coordonné beaucoup d’interventions et de formalisations. Mais l’enjeu est immense.

Je voudrais rappeler que l’UNESCO est une maison commune, partagée. Chaque jeune française et français devrait se sentir citoyen de l’universel et de ne pas se laisser attirer par des discours identitaires, minoritaires, autoritaires, qui sont synonymes de régression. L’enjeu est là : à l’heure de la mondialisation, des intérêts, comment construire les remparts et édifier la cité universelle qui est une utopie mais aussi un rêve.

Daniel Janicot,
Président d’honneur de la Commission nationale française pour l’UNESCO.

publié le 05/03/2019

haut de la page