Journée internationale de la Francophonie 2014

" Francophonie (nom féminin) : solidarité, partage, diversité, culture, rayonnement, influence "

La Journée internationale de la francophonie

La Journée internationale de la francophonie est célébrée à travers le monde dans les pays ayant le français en partage. Cette célébration a lieu chaque 20 mars, une date choisie en commémoration de la signature en 1970 à Niamey (Niger) du traité portant création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), aujourd’hui Organisation internationale de la francophonie (OIF). L’OIF, qui compte 77 États et Gouvernements répartis sur les cinq continents, estime à 220 millions le nombre de locuteurs du français dans le monde.

Pour en savoir plus, découvrir le site de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Célébration à l’UNESCO

À l’occasion de cette journée, un concert gratuit s’est tenu cette année à l’UNESCO où Cybèle Castoriadis, chanteuse lyrique grecque, Ismaël Lô, chanteur-compositeur sénégalais, et Samar Salamé, chanteuse lyrique libanaise ont célébré les liens qui unissent leur pays à la francophonie.
"La Francophonie, c’est une histoire de famille", déclare Ismaël Lô. Retrouvez les coulisses du concert dans la vidéo ci-dessous :

Pour en savoir plus, lire l’article consacré à l’événement sur notre site.

Le discours de Laurent Fabius à l’occasion de la journée internationale de la francophonie et du lancement du programme "100 000 professeurs pour l’Afrique"

Le ministère des Affaires étrangères poursuit son action de promotion de la langue française dans le monde. Après Parlons français, c’est facile (un site de référence pour une première initiation au français), en juillet dernier, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie et représentante personnelle du président de la République pour l’OIF, lancent le programme 100 000 professeurs pour l’Afrique, qui met le numérique et la formation à distance au coeur du dispositif de formation des enseignants en Afrique.

Le texte du discours :

Madame la Présidente, Claudie Haigneré

Madame la Ministre, Yamina Benguigui,

Monsieur le Président Darcos,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de participer à cette 16ème journée internationale de la francophonie qui est placée sous le signe de la jeunesse, de l’enseignement et des talents, dans ce lieu particulièrement approprié - le Palais de la découverte - où des générations d’enfants viennent s’initier à la science.

Pourquoi la jeunesse ? Parce que c’est un truisme. C’est d’abord d’elle que dépend l’avenir de la francophonie : 60 % de la population francophone a aujourd’hui moins de 30 ans. Parce que la francophonie est une affaire d’apprentissage et de partage.

Pour s’adresser à la jeunesse, il faut montrer que le « français est une chance ». C’est la devise de cette journée internationale de la francophonie. Elle constitue le coeur du message porté aujourd’hui par l’OIF. J’en profite pour saluer l’action de cette organisation et de son Secrétaire général, mon ami le président Abdou Diouf.

Le français est un atout pour les pays francophones, leurs habitants et pour tous ceux qui parlent le français à travers le monde. Pourquoi ?

D’abord parce que le français est plus qu’une langue : c’est une culture. Et je dirais même sans arrogance que c’est sans aucun doute une philosophie. Le français, c’est la langue de Descartes, de Rousseau, de Voltaire, de la Révolution, de la déclaration des droits de l’Homme. Les valeurs issues de cette histoire sont inscrites au coeur de notre langue.

On cite souvent Senghor mais, en ce qui me concerne, je l’ai bien connu et j’ai eu l’occasion de discuter avec lui de ces sujets et, au-delà des truismes qu’il n’aimait pas beaucoup. L’un de ses thèmes favoris consistait à affirmer que la langue, en l’occurrence le français, permet de s’exprimer d’une façon à nulle autre pareille. Sa pensée, c’est qu’on ne s’exprime pas en français comme dans les autres langues. Il y avait chez lui une identité d’approche entre le contenu de la langue et le véhicule qu’elle constituait. Pour lui comme pour nous, la francophonie n’est pas seulement porteuse de ces principes - les droits de l’Homme, la démocratie, la diversité culturelle, mais elle est ces principes.

On l’oublie parfois - et Mme Benguigui nous le rappelle - que la francophonie est aussi un atout économique. De la France à la Tunisie, du Québec aux Comores, du Cambodge à la Roumanie, de l’Algérie à Madagascar, partout la francophonie est une chance en termes de commerce, de croissance et d’emploi. Cet espace francophone représente 15 % de la richesse mondiale et 12 % du commerce international. Une étude récente a montré que l’appartenance à l’espace francophone représente un supplément de croissance par tête de 6 % en moyenne. Donc, le français est un atout, aussi économique, pour les secteurs, pour les affaires, pour l’emploi, pour la carrière des jeunes.

L’espace francophone constitue aussi un espace de liens privilégiés dans le domaine scientifique. Il y a, par exemple, une communauté mathématique francophone, que ce soit la francophonie de France, la francophonie d’Afrique, la francophonie du Vietnam. Il existe des partenariats dans le domaine de la médecine, de la pharmacie, de la physique entre les universités francophones du monde entier. J’ai une pensée en particulier pour ce qu’avait initié notre ami, Georges Charpak autour de « La Main à la pâte ». Je saisis cette occasion pour remercier l’Agence universitaire de la Francophonie pour le travail qu’elle accomplit, en particulier en faveur de la structuration des réseaux.

Je voudrais également dire la chose suivante : la francophonie est dynamique en termes de population, de démographie.

Lorsqu’on regarde les chiffres, on nous dit qu’aujourd’hui, le nombre de locuteurs francophones est de 220 millions. On envisage le chiffre de 400 millions en 2025 et de plus de 700 millions en 2050, soit une multiplication par 4 en cinquante ans. Alors que la population mondiale n’augmentera dans cette période que de 50 %, il s’agira pour la francophonie d’une augmentation de 400 %. Mais cela ne veut pas dire pour autant que, si l’Afrique se développe et elle le fera à coup sûr, comme il est prévu, la francophonie se développera du même pas. Il existe une course de vitesse entre la croissance démographique et la croissance éducative. Notre tâche et notre choix c’est de faire en sorte que la croissance éducative gagne cette course. C’est cela, je pense, l’idée fondamentale des 100.000 professeurs. Il faut nous mobiliser pour enseigner, diffuser et soutenir le français. C’est l’objectif fondamental de l’OIF. Et c’est ce que nous avons en partage ici, c’est aussi une priorité de mon action à la tête de notre diplomatie.

Il faut veiller à ce que le français soit l’une des langues du cyberespace. Il y a énormément à faire afin de donner au français davantage de visibilité sur la toile. Dans le monde virtuel, qui détermine souvent, par une espèce de séquence inversée, le monde réel, la place du français n’est pas à la hauteur de sa place dans le monde réel.

Si nous voulons arriver à gagner cette course de vitesse, nous devons créer davantage de contenus numériques, notamment dans les domaines de la connaissance, de l’information, de l’enseignement scolaire et universitaire, de la culture et du divertissement, du commerce ou de la médecine. Ce doit être une priorité pour toutes nos institutions francophones culturelles et éducatives. Récemment, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a lancé la première plateforme française de cours en ligne, qui s’appelle France Université Numérique, à laquelle le ministère des affaires étrangères apporte son soutien. L’enjeu de ces Cours en Ligne Ouverts et Massifs est fondamental pour l’avenir de la francophonie.

Nous devons aussi mieux utiliser le numérique pour enseigner et diffuser le français qui représente la deuxième langue la plus apprise après l’anglais. Dans de nombreux pays, le succès de l’éducation pour tous, deuxième objectif du millénaire pour le développement, s’est parfois réalisé au détriment de la maîtrise du français, compte tenu du manque d’enseignants ou de qualification des enseignants.

Les outils numériques que l’on va nous présenter ce matin doivent contribuer à répondre à ce défi, à cette course de vitesse, défi auquel nous travaillons ensemble, à travers beaucoup de choses, les projets développés par TV5Monde, France 24 et RFI, dans le cadre du partenariat étroit qui unit la France, les États francophones, l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Agence universitaire de la francophonie.

Le projet qui est lancé, « 100.000 professeurs pour l’Afrique », s’inscrit dans cette volonté d’utiliser toutes les possibilités du numérique pour consolider l’enseignement du et en français sur le continent africain. Il doit nous permettre de répondre au défi de la massification des effectifs scolaires et universitaires en mettant à disposition des enseignants suffisamment nombreux et disposant d’une formation linguistique et pédagogique adaptée. Il est le fruit de partenariats multiples et de la mobilisation de tous les opérateurs francophones, et permettez-moi de remercier en tout premier lieu le président Darcos et l’équipe de l’Institut Français en charge de la mise en oeuvre de ce projet, « 100.000 professeurs pour l’Afrique ». Cela devrait enclencher une dynamique en matière de formation, y compris professionnelle, et de développement du numérique. C’est donc toute la jeunesse africaine francophone qui doit pouvoir en bénéficier à terme.

Dans un premier temps et, après tout, pourquoi ne pas réfléchir à une autre opération pour d’autres continents puisque la francophonie, évidemment, ne se limite pas à l’Afrique.

J’ai dit en commençant que la francophonie était liée au partage. C’est à la fois la condition de son développement et un grand succès. Nous sommes tous copropriétaires du français. Il y a, comme l’a indiqué M. Piccouly, le Salon du livre qui ouvre demain et les invités d’honneur sont l’Argentine avec une littérature magnifique, et Shanghai. C’est l’occasion, et la coïncidence est bien utile, de souligner à quel point francophonie, livres et numérique vont ensemble.

Je terminerai par une citation d’un grand écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, qui, parlant du français et de la nécessité que le français soit en permanence enrichi par des apports de l’ensemble de la francophonie, dit ceci : « Quand on a des habits, on s’essaie toujours à les coudre pour qu’ils moulent bien, c’est ce que vont faire et font déjà les Africains avec le français ». Je trouve que c’est une jolie formule.

Le français est une chance que nous devons aider les jeunes à saisir. Il faut, même si l’on possède d’autres langues, que les autorités de la République n’hésitent pas à parler français - cela n’est pas vieux jeu. Et rien n’est plus ridicule que lorsque, dans une salle composée à 98 % de Francophones, un ministre français se met à parler anglais, d’ailleurs en général un mauvais anglais. Montrons, sans arrogance, l’exemple. On peut être moderne et même futuriste en parlant français, en l’apprenant et en le professant. C’est le sens de l’opération « 100.000 professeurs pour l’Afrique », auquel, vous l’avez compris, je souhaite un très grand succès. Merci./.

publié le 24/03/2014

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