Journée internationale de la danse 2014 : discours de SEM P. Lalliot

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JID 2014 SEM P. Lalliot, Ambassadeur, Délégation Permanente de la France auprès de l’UNESCO
© Olivier Hoffschir

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Entre deux performances trépidantes, respectivement intitulées « Transe » et « Boxe, boxe », je ne vous cache pas que je prends la parole devant vous avec une certaine hésitation. Craignant de gâcher l’ambiance, je vais être court car, comme disait Maurice Béjart je crois : « La danse, un minimum d’explications, un minimum d’anecdotes et un maximum de sensations ».

Je voudrais cependant vous remercier d’être venus nombreux pour cette soirée entièrement consacrée à la danse. Je voudrais remercier tout particulièrement l’Institut international du Théâtre et son directeur général, Tobias Biancone, le Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne et son directeur, Mourad Merzouki, ainsi que les chorégraphes et danseurs des compagnies Käfig, Massala, et XXème Tribu dont vous allez avoir le plaisir de découvrir ce soir l’exceptionnel talent.

Vous savez certainement que cette journée internationale de la danse en est à sa 32ème édition. Vous ne savez peut-être pas qu’elle met pour la 4ème fois un Français à l’honneur. La première fois, c’était au tout début, en 1982, avec le choix de la date de cette célébration, le 29 avril.

Cette journée était ainsi placée sous les meilleurs auspices, ceux de Jean-Georges Noverre dont c’était la date de naissance. Ce danseur et chorégraphe français est en effet connu pour n’avoir eu de cesse, jusqu’à sa mort en 1810, de réaménager et fixer les règles du spectacle de ballet, au point qu’il est considéré, bien qu’ayant œuvré au cœur de la période classique, comme le fondateur du ballet moderne.

Ce mélange de tradition et de modernité, on le retrouve la deuxième fois, en 1993, où le soin de rédiger le message international divulgué le jour de la célébration fut confié à Maguy Marin, élève de Maurice Béjart et l’une des grandes chorégraphes de la Nouvelle danse française. Elle déclarait alors : « La danse est devenu un art que l’on ne voit plus que dans des cercles fermés, des théâtres, un art d’initiés quand sa place est aussi auprès des gens, dans leur maison, dans la rue ou dans les champs ». J’ajouterais : quand sa place naturelle est ici aussi, à l’UNESCO. Roberto Bollee nous en a donné un autre exemple il y a peu de temps, dans un style et un registre différents de ceux de ce soir.

C’est Maurice Béjart lui-même, qu’on ne présente plus, qui rédigea à son tour le message quelques années plus tard, en 1997, troisième hommage à un Français. Il avait alors lancé cet appel que nous pouvons faire nôtre : « Ce siècle va mourir, longue vie à la danse, aux danseurs, à tous ceux qui recherchent leur être à travers leur corps ». Le quatrième de cette déjà longue et prestigieuse lignée est bien sûr ce soir Mourad Merzouki.

Sans prétendre jouer les historiens de la danse, il est intéressant de relever que les 4 Français mis à l’honneur illustrent un mouvement qui va de la danse comme pratique populaire à la danse comme spectacle codifié. Noverre s’employa pour l’essentiel à faire du ballet un spectacle de théâtre, issu certes des danses de cour, elles-mêmes issues des danses populaires, mais en les mettant au service d’une dramaturgie.

Le ballet romantique, sous l’impulsion d’un autre Français, Marius Petipa, représentera à cet égard une apogée, mais vous savez tout cela mieux que moi. Le XXème siècle s’emploiera à désenclaver, à libérer le ballet, le spectacle de danse de son orthodoxie. L’impulsion viendra pour l’essentiel d’Outre-Atlantique, mais les Français y contribueront : sans renier la dimension spectaculaire dans le cas de Maurice Béjart, dans une contestation plus radicale chez Maguy Marin.

Mourad Merzouki est de cette trempe et il me semble s’inscrire, avec son originalité propre, dans ce grand mouvement qui traverse les siècles. Sans exclusive pour aucune technique chorégraphique, en recherchant au contraire la confrontation fructueuse avec d’autres disciplines artistiques, il invite au spectacle, il convoque au théâtre les danses populaires de son temps, qui sont essentiellement urbaines, la fameuse culture « hip-hop », dont il est un formidable ambassadeur.

Je vous avais promis d’être court. Je voudrais finir sur les mots de Molière qui aimait autant le théâtre que la danse, deux arts majeurs à ses yeux : « Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse. Sans la danse, un homme ne saurait rien faire. Tous les malheurs des hommes, les travers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques et les manquements des grands capitaines, tout cela n’est venu que faute de savoir danser ».

Place à la danse donc. Bonne soirée à toutes et à tous.

publié le 15/05/2014

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