Journée internationale de la philosophie a eu lieu à l’UNESCO, le 21 novembre 2019

Lors de la journée internationale qui s’est déroulée le 21 novembre 2019 à l’UNESCO, Christian Byk, Président du Comité intergouvernemental de bioéthique et membre de la Commission nationale pour l’UNESCO a pronnoncé un discours autour de la définition de l’identité humaine.

Qu’est-ce que l’identité humaine ?

"En posant la question de l’identité humaine, nous n’entendons pas seulement soulever une importante et récurrente question de nature anthropologique et philosophique.

Nous souhaitons avant tout , à un moment de notre Histoire où les peuples et les individus, qui les composent, s’interrogent sur la portée des transformations sociales, mettre l’accent sur les conséquences que la quatrième révolution industrielle, celle de la convergence des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, est susceptible d’avoir sur l’idée que nous nous faisons de l’Homme et de son rapport au progrès , voire à la perfectibilité de son être.

Comme le pensent les religions du Livre, l’Humanité se définit-elle dans une singularité de ses membres qui les distinguerait de tous les autres êtres vivants et du monde qui nous entoure ?

N’est-elle pas,au contraire, qu’un élément d’un monde nécessairement symbiotique où l’homme ne doit pas oublier sa mère Terre qui le nourrit et de qui il tire ses ressources, qui ne sont pas sans limites ?

Mais surtout, quel est l’apport de la technicisation des activités humaines- de la taylorisation déjà ancienne du travail aux modes de bonne gouvernance managériale des années 2 000, pionnière des « chief happiness officers »- et de nos nouveaux modes de vie standardisés- autour des trois C : la consommation, la culture et la communication- à cette interrogation qui ronge notre quête existentielle : l’homme pour quoi faire ?

Si l’injonction d’Hans Jonas à faire du Principe Responsabilité la règle de conduite de nos comportements nous éveille à la conscience de la dureté des réalités de notre monde par les risques que nous y courons, est-elle, pour autant, suffisante à nous permettre de comprendre les causes de la situation dans laquelle nous nous trouvons ?

Confrontée à l’impérialisme de la technique, notre humanité fait face à la question de savoir si elle peut résister à cette approche de la modernité. Après Auschwitz et Hiroshima, peut-on encore soutenir que la modernité trouve son unique source dans une rationalité technique ?

Ces évènements ne sont-ils vraiment que des moments erratiques de notre Histoire ? Je ne le crois pas parce que leur réalité prise isolément n’est pas compréhensible . Comme le souligne le philosophe Günther Anders (L’obsolescence de l’homme, 1956, traduction française, Edition IVREA,Paris,2002), si le nazisme dit quelque chose de la modernité, ce qu’il dit ne finit pas avec lui (lire également : Jean Solchany, Le nazisme : déviance allemande ou mal de la modernité ? La réflexion des historiens dans l’Allemagne des années zéro (1945-1949) , Vingtième Siècle, Revue d’histoire, année 1992 , pp. 145-156 ).

G.Anders théorise cette idée et nous montre que notre entrée dans une ère de totalitarisme technologique conduit à un nihilisme qui frappe l’homme d’obsolescence . Il interroge ainsi le statut de la raison, dont la rationalité technique détruit l’autre sens de la raison, celui qui ne désigne plus un moyen mais une fin, la raison comme « relatio » ;je devrais dire comme « religio ».

Pourtant, maintenir des relations, voire les améliorer, entre les hommes et entre ceux-ci et l’environnement n’est-il pas le seul vrai succès que nous puissions attendre d’une modernité vivable ?"

Christian Byk, Président du Comité intergouvernemental de bioéthique et membre de la Commission nationale française pour l’UNESCO.

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publié le 28/11/2019

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