Juridiction de Saint-Émilion (1999)

La viticulture a été introduite dans cette région fertile d’Aquitaine par les Romains et s’est intensifiée au Moyen Âge. Le territoire de Saint-Émilion a bénéficié de sa situation sur la route de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle et plusieurs églises, monastères et hospices y ont été construits à partir du XIe siècle. Le statut particulier de juridiction lui a été accordé au cours de la période du gouvernement anglais au XIIe siècle. Il s’agit d’un paysage exceptionnel, entièrement consacré à la viticulture, dont les villes et villages comptent de nombreux monuments historiques de qualité.

Juridiction de Saint-Émilion
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Justification d’inscription

Critère (iii) : La Juridiction de Saint-Emilion est un exemple remarquable d’un paysage viticole historique qui a survécu intact et est en activité de nos jours.

Critère (iv) : La Juridiction historique de Saint-Emilion illustre de manière exceptionnelle la culture intensive de la vigne à vin dans une région délimitée avec précision.

Description longue

La juridiction de Saint-Émilion offre un remarquable exemple de paysage de vignoble historique qui nous est parvenu intact, et demeuré en activité jusqu’à nos jours.

Les premières traces de la présence humaine dans la région de Saint-Émilion remontent au moins au paléolithique supérieur (35000-10000 av. J.-C.). Le menhir de Pierrefitte confirme cette présence aux Ve -IVe millénaires. La région était extrêmement peuplée au cours de la période celto-gauloise, comme l’atteste l’oppidum (forteresse) occupant le plateau qui domine le village moderne de Saint-Émilion. L’occupation romaine commença avec la création par Auguste de la province d’Aquitania en 27 av. J.-C. ; les premiers vignobles naquirent alors de la greffe de nouvelles variétés de raisin sur la Vitis biturica qui poussait naturellement dans cette région.

Les premiers monastères chrétiens apparurent au début du VIIe siècle. Comme la région était sur la route de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, elle connut une grande prospérité à partir du XIe siècle, et beaucoup de monastères, d’églises et d’autres édifices ecclésiastiques y furent alors construits.

Lorsque Aliénor d’Aquitaine épousa Henri Plantagenêt (le futur Henri II d’Angleterre), la ville de Saint-Émilion, fortifiée à partir de cette date, devint partie intégrante du royaume britannique, avec toute la Guyenne. Le village était appelé à changer de mains à plusieurs reprises au cours de la guerre de Cent Ans, pour devenir définitivement français en 1453. Il eut à pâtir aussi des guerres de religion de la fin du XVIe siècle, mais conserva sa physionomie médiévale jusqu’au XVIIIe siècle, lorsque sa fortification fut finalement démantelée.

Ces péripéties eurent un effet négatif sur les vignobles, et Saint-Émilion ne parvint à surmonter cette crise qu’à partir de 1853, précisément grâce à son vignoble. Au XVIIIe siècle, on considérait que la qualité des vins de cette région était exceptionnelle. Au cours du second Empire, la production de vins rouges se généralisa dans la région, remplaçant ainsi le vin blanc qui avait été plus répandu au cours de la période médiévale. Leur distribution fut très largement facilitée par l’ouverture, en 1853, de la voie ferrée reliant Paris à Bordeaux. Saint-Émilion s’est distingué des autres régions vinicoles du Bordelais en suscitant différentes innovations, comme la fondation du premier syndicat vinicole, en 1884, et la création de la première cave coopérative de Gironde, en 1932.

Le bien couvre 7 846 ha. Le relief est caractérisé par une succession de couches de calcaire qui s’entrecroisent dans le paysage ; elles disparaissent au nord, remplacées par un mélange hétérogène de sables argileux et de cailloutis qui plonge vers le sud. On peut distinguer clairement deux pentes : l’une, au nord, est douce et entrecoupée de vallées, tandis que celle du sud descend de manière abrupte dans la vallée de la Dordogne en formant des vallées concaves, les combes, dans l’une desquelles se situe Saint-Émilion. C’est un paysage de monoculture, exclusivement viticole, qui occupe plus de 67,5 % de la totalité de l’aire classée. En dehors de l’habitat, les seules traces d’exploitation de cette zone sont les carrières souterraines abandonnées qui ont fourni le calcaire nécessaire à la construction des édifices ecclésiastiques et publics de Bordeaux et de son arrière-pays jusqu’au XVIIIe siècle.

Avant que la viticulture ne s’impose, au Moyen Âge et à la Renaissance, des châteaux furent construits sur les sites dominants, pour servir de résidences seigneuriales. C’est par exemple le cas du château Laroque, du XIIIe siècle (Saint-Christophe-des-Bardes), du château de Preyssac, du XIVe siècle (Saint-Étienne-de-Lisse), et du château Ferrand, du XVIe siècle (Saint-Hippolyte). En revanche, les châteaux liés à la viticulture se trouvent au centre de leurs domaines respectifs. Ils sont datés autour du milieu du XVIIIe (château Ausone, château Canon), du début du XIXe siècle (château Cheval-Blanc, château Mondot) et jusqu’à la fin de ce siècle et au début du suivant (château Laroze, château La Gaffalière).

L’habitat se caractérise par de modestes maisons en pierre dont la plupart remontent à la première moitié du XIXe siècle. Destinées aux viticulteurs, elles n’ont jamais compté plus de deux niveaux, et sont rassemblées par petits groupes. Les chais sont de grands édifices fonctionnels construits en pierre ou dans un mélange de brique et de pierre, avec des toits de tuiles à double pente.

Description historique

Les premières traces d’établissement humain dans la région de Saint-Emilion remontent au moins au Paléolithique supérieur (35000-10000 av. J.-C.). Le menhir de Pierrefitte confirme la présence humaine aux Ve et IVe millénaires av. J.-C. La région était densément peuplée durant la période celto-gauloise comme l’atteste l’oppidum (ville fortifiée) construit sur le plateau surplombant la ville actuelle de Saint- Emilion.

L’occupation romaine commença lorsque Auguste créa la province d’Aquitania en 27 av. J.-C. Avec la prospérité de Burdigala (Bordeaux), Valerius Probus utilisa ses légions pour déboiser la forêt de Cumbris en 275 av. J.-C et planta le premier vignoble en greffant de nouvelles variétés de vignes sur la vitis biturica qui poussait à l’état sauvage dans la région. Les traces d’occupation romaine sont nombreuses, en particulier les riches villas, et c’est là que le poète latin Ausone se retira lorsqu’il cessa ses activités publiques au IVe siècle.

Les premiers monastères chrétiens apparaissent au début du VIIe siècle. Une légende raconte qu’au milieu du VIIIe siècle, un moine breton, Emilian, chercha refuge dans la communauté bénédictine et mena une vie d’ermite dans une grotte. Ses nombreux miracles attirèrent de nombreux compagnons qui vécurent selon la règle de saint Benoît. Ils commencèrent à construire l’église monolithe qui ne sera terminée que trois siècles plus tard. La région se trouvant sur le chemin du pèlerinage de Saint-Jacquesde- Compostelle, elle connut à partir du XIe siècle une grande prospérité et de nombreux monastères, églises et autres institutions religieuses furent fondés. La construction des nombreux bâtiments de pierre accompagnant ce développement donna lieu à une exploitation intensive des carrières de l’excellente pierre calcaire de la région jusqu’au XVIIIe siècle.

Lorsque Aliénor d’Aquitaine épousa Henri Plantagenêt, qui devint Henri II d’Angleterre, la ville de Saint-Emilion, à l’époque fortifiée, fut rattachée à la couronne d’Angleterre, en même temps que la Guyenne. En 1199, Jean sans Terre accorda à la ville ses premières libertés.

En 1224, lorsque cette partie de la Guyenne fut reprise par la France, Louis VIII commença la construction du Château du roi qui ne devait être achevé qu’en 1237 par Henri III d’Angleterre. En 1298 Edouard Ier signa un décret définissant les limites de la jurade. Cinq ans plus tard, elle repassa sous la domination française avec Philippe Le Bel, puis elle changea de mains à plusieurs reprises pendant la guerre de Cent Ans.

En 1453 elle devint définitivement française, et trois ans plus tard, Charles VII confirma tous les privilèges accordés par les Anglais à la ville pour aider à son rétablissement. Elle devait souffrir à nouveau pendant les guerres de religion à la fin du XVIe siècle et, malgré les efforts de Louis XIV, elle perdit sa place dominante face à Libourne. C’est ce qui explique que la ville conserva son apparence médiévale jusqu’au XVIIIe siècle, période à laquelle ses fortifications furent démantelées. De profonds changements sociaux se produisirent sous la Révolution qui détruisit l’ancien ordre datant du Moyen Age, et de nombreux anciens bâtiments furent démolis ou tombèrent en ruine. Ces événements eurent un effet néfaste sur les vignobles et ce ne fut pas avant 1853 que Saint- Emilion commença à se relever, grâce à ses vignobles. Pendant les XIIe et XIIe siècles, ils avaient produit ce que l’on appelait des vins honorifiques parce qu’ils étaient présentés en cadeaux aux rois et aux personnages importants, ce qui donne une indication de leur qualité. Un corps réglementaire dénommé la Jurade contrôlait la qualité du vin de Saint-Emilion et accordait cette appellation à un nombre limité de vins.

La demande des consommateurs flamands au XVIIIe siècle entraîna un accroissement de l’activité viticole, car la qualité des vins de Saint-Emilion permettait leur transport par bateau sans que le vin tourne au vinaigre. La qualité exceptionnelle des vins de la région fut reconnue au cours de ce siècle, comme l’atteste les archives innombrables de cette époque. Sous le Second Empire, la production de vins rouges se généralisa dans la région, remplaçant les vins blancs qui étaient plus communs au Moyen Age. Leur distribution fut grandement facilitée par l’ouverture en 1853 de la ligne de chemin de fer entre Paris et Bordeaux.

En 1867 les vins de Saint-Emilion obtinrent la médaille d’or de l’Exposition universelle, suivie par la plus haute distinction, le Grand Prix Collectif de l’Exposition universelle de 1889. La Jurade, qui avait été supprimée pendant la Révolution, fut restaurée en 1948, et continue d’assurer la qualité des vins de Saint-Emilion.

La première classification des vins de Saint-Emilion par l’Institut National des Appellations d’Origine (AOC) intervint en 1954, lorsque quatre appellations furent définies. Leur nombre fut réduit à deux - Saint- Emilion et Saint-Emilion Grand Cru - en 1984. Par rapport à d’autres régions viticoles du Bordelais, Saint-Emilion s’est distingué par ses innovations, telles que la création du premier syndicat vinicole en 1884 et les premières caves coopératives de la Gironde en 1932.

Actuellement, les vignobles de Saint-Emilion produisent annuellement en moyenne 230000 hectolitres de vin (rouge), soit 10% des vins AOC de la Gironde.

publié le 08/07/2014

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