Les biens français inscrits au patrimoine culturel immatériel

L’alpinisme, ou l’art de gravir des sommets et des parois en haute montagne (dossier multi-pays - 2019)

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L’alpinisme a été inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2019 en tant que dossier multi-pays porté par la France, l’Italie et la Suisse. Cette pratique physique traditionnelle se définit comme l’art de gravir sommets et parois en haute montagne, et en toute saison, sur terrain rocheux ou glaciaire.
L’alpinisme est né en 1760 dans le massif du Mont Blanc, massif frontalier entre les trois pays porteurs du projet. L’arc alpin comprend les 82 plus hauts sommets d’Europe et est un des hauts lieux de l’alpinisme. L’alpinisme se pratique aussi dans d’autres massifs montagneux situés en Europe, comme les Pyrénées ou les Tatras polonaises et slovaques par exemple, et hors d’Europe, comme l’Atlas, l’Himalaya, la Patagonie ou encore les Alpes japonaises et néo-zélandaises.
L’alpinisme demande de connaître des savoir-faire, techniques et outils très spécifiques. Mais il s’agit aussi d’un art de l’espace demandant des connaissances sur l’environnement de haute montagne, les risques naturels, les conditions climatiques… Les ascensions se font la plupart du temps en groupe et l’esprit de cordée est un élément fondamental de l’éthique de l’alpiniste. Le lien physique de la corde matérialise la solidarité entre les pratiquants, le devoir d’entraide ainsi que le partage des risques et des responsabilités. L’alpinisme repose avant tout sur des valeurs de solidarité et de respect du lieu et des compagnons de cordée. Des relations durables se construisent au-delà des barrières générationnelles ou sociales par le partage d’expériences fortes lors des ascensions. Les refuges sont des lieux symboliques d’échange. Les récits des ascensions forment la mémoire de la pratique et permettent de nourrir un sentiment de continuité et d’appartenance à la communauté.
Cette pratique rassemble un grand nombre d’alpinistes, amateurs ou professionnels, et de guides de haute montagne. En France, la fédération française des clubs alpins et de montagne rassemble 95000 membres. De nombreuses associations d’alpinisme et de clubs dans les trois pays se rencontrent lors de rassemblements hebdomadaires ou annuels afin de diffuser ces pratiques et de participer à la sauvegarde d’une culture commune de l’alpinisme. La formation à l’alpinisme demande une familiarisation avec cette culture. Les échanges entre experts et novices sont clés pour la transmission du savoir, tout comme une pratique sérieuse et régulière permettant de faire l’expérience du terrain et d’acquérir une autonomie.

Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse (2018)

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Le Pays de Grasse est un territoire provençal des Alpes maritimes situé entre mer et montagnes. Les pratiques et savoir-faire liées au parfum en Pays de Grasse remontent au XVIe siècle. La population est aujourd’hui encore très investie dans le secteur de la parfumerie. La communauté des praticiens et praticiennes du Pays de Grasse rassemble les cultivateurs, les spécialistes des matières premières naturelles et de leur transformation et les artistes parfumeurs.
La conception d’une œuvre olfactive met en relation un grand nombre d’artisans, d’ouvriers, d’agriculteurs et de scientifiques. La culture de la plante à parfum demande des connaissances liées aux sols, au climat et aux techniques agricoles, chaque plante demandant des soins spécifiques. La transformation des matières premières naturelles se fait grâce à une maîtrise des modes d’extraction les plus adaptés au végétal traité et de techniques comme la distillation. Elle demande des connaissances précises en biologie végétale. L’artiste parfumeur doit ensuite faire preuve d’imagination, de créativité et d’inspiration pour associer les senteurs et composer le parfum. Créer un parfum revient à matérialiser une idée sous forme olfactive, à créer une œuvre abstraite.
Le parfum joue un rôle culturel et social important dans la région. Il est associé à diverses manifestations comme les spectacles olfactifs ou les siestes parfumées. Nombre de fêtes lui sont liées comme les fêtes de la rose, la fête de la violette ou encore la fête du mimosa. Les fleurs font aussi partie intégrante des rituels religieux.
Aujourd’hui, la montée des produits synthétiques met en danger les exploitations florales, alors même que la cueillette représente une source de travail saisonnier importante dans la région. De plus, la transmission des savoirs et savoir-faire liés au parfum est difficile du fait de la subtilité des techniques traditionnelles. Originellement informelle et empirique, elle se fait encore majoritairement au sein des parfumeries et commence par une sensibilisation au sein du cercle familial. On estime à 7 ans la durée de formation nécessaire pour devenir responsable de distillation et à une dizaine d’année le temps nécessaire pour être considéré comme opérationnel en tant que parfumeur. Un enseignement plus formalisé s’est peu à peu mis en place au sein des lycées et universités de la région afin de permettre de sauvegarder ces pratiques et ce patrimoine culturel.

L’art de la construction en pierre sèche (dossier multi-pays - 2018)

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L’art de la construction en pierre sèche a été inscrit sur les listes du patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2018. Il s’agissait d’une candidature transnationale portée par huit pays membres : la Croatie, Chypre, la France, la Grèce, l’Italie, la Slovénie, l’Espagne et la Suisse.
Les constructions en pierre sèche sont caractéristiques des territoires de pays soumissionnaires et on les trouve surtout dans les arrière-pays et les zones continentales et insulaires. Il s’agit avant tout d’une tradition rurale fondée sur la construction d’ouvrages à vocation utilitaire par l’empilement de pierres sans utiliser de liant. La stabilité de la construction est assurée par le placement habile des pierres trouvées sur place. Les ouvrages créés peuvent être tant des fours, des abris, des clôtures ou des murs que de grandes constructions comme des moulins à vent ou des ponts.
Ce sont les communautés rurales qui participent le plus à la transmission de ces techniques et de ce savoir-faire. Elles en sont les principales détentrices bien qu’il existe des professionnels dans tous les pays soumissionnaires. Il s’agit d’un héritage très profondément enraciné puisque ces techniques et méthodes sont développées depuis la préhistoire. Elles permettent une optimisation des ressources et témoignent de la capacité d’adaptation de l’homme à son environnement, dans le respect de celui-ci. Les constructions en pierre sèche sont en effet des éléments clés de l’aménagement de l’espace rural : elles permettent de protéger les terrains cultivés, de proposer des abris, d’éviter l’érosion et les glissements de terrain, de gérer les ressources en eau… Elles créent des conditions favorables pour le développement de l’agriculture. La transmission de ce savoir se fait au cours des activités agricoles lorsque les membres de la communauté se réunissent pour créer, entretenir ou restaurer une construction. Les apprentis travaillent aux côtés d’artisans confirmés.
La construction en pierres sèches est une technique de construction qui permet de favoriser l’équilibre écologique et de protéger le patrimoine rural. Mais il s’agit également d’un art collaboratif à l’origine de la création d’espaces. Pour toutes ces raisons des séminaires, congrès et formations officielles émergent de plus en plus afin de guider les recherches dans ce domaine, de faciliter les échanges de savoir-faire et de promouvoir cette technique de construction.

La fauconnerie, un patrimoine humain vivant (dossier multi-pays - 2016)

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Le projet multipays d’inscription de la fauconnerie sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, ayant abouti en 2016, a été porté par la France en collaboration avec 17 autres Etats membres d’Asie, d’Europe, du Moyen Orient et d’Afrique du Nord.
La fauconnerie est une pratique millénaire qui se concentre sur les couloirs migratoires des rapaces reliant ces différentes régions du globe. Il s’agit originellement d’une technique de chasse au vol qui permettait aux populations de se nourrir. Les fauconniers dressent, forment et font voler des rapaces afin qu’ils attrapent du gibier dans leur habitat naturel. Mais la fauconnerie est bien plus qu’un moyen de subsistance et a résulté en le développement d’une relation ancienne et profonde entre l’homme et l’oiseau. Elle est aujourd’hui moins une pratique de chasse qu’un moyen d’être en contact avec la nature, d’échanger et de partager. Elle demande une très bonne connaissance du comportement des oiseaux ainsi que la maîtrise d’un savoir-faire artisanal unique pour la fabrication d’équipements traditionnels.
La fauconnerie est pratiquée dans des régions aux particularités géographiques très différentes. Elle prend donc des formes variées et les fauconniers ne font pas voler les mêmes rapaces en fonction de du milieu naturel dans lequel ils se trouvent. Les steppes d’Asie ou les déserts d’Arabie sont le terrain favori des rapaces de haut vol. Les terres plus boisées de l’Europe notamment donnent préférence aux oiseaux de proie de bas vol et de moins grande envergure. La communauté internationale des fauconniers est une communauté soudée. Les fauconniers de différentes origines partagent des valeurs et une pratique universelle tout en échangeant sur les spécificités de leur style traditionnel. La transmission des pratiques et connaissances se fait au sein des communautés de fauconniers et prend la forme d’un mentorat.
Cette tradition ancienne du monde rurale est aujourd’hui aussi une pratique qui vise à sauvegarder les oiseaux de proie et à œuvrer en faveur de la conservation de leurs habitats naturels. Cette inscription au patrimoine immatériel vise à sauvegarder la fauconnerie comme tradition vivante.

Le carnaval de Granville (2016)

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Le carnaval de Granville attire pour chaque édition 100 000 spectateurs qui viennent y assister. Il s’agit du plus grand carnaval de l’Ouest de la France et il a rejoint les listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2016.
Cette célébration rituelle se tient chaque année durant les quatre jours précédant mardi gras. Il s’agit traditionnellement d’un moment de bouleversement de l’ordre social qui prend fin avec la prise de possession symbolique de la ville par le roi du carnaval, effigie en papier mâché. Les quatre jours de cet événement festif nécessitent une participation de toute la communauté carnavalière de Granville pour la construction des chars, qui seront l’attraction principale des cavalcades. Ce processus, d’une durée de plusieurs mois, requiert des savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel (mécanique, menuiserie, peinture…). Ces arts et techniques nécessaires à l’élaboration d’un char sont transmis par une initiation dès le plus jeune âge au sein des carnavaliers. Le carnaval confère en effet un sentiment d’appartenance fort à la communauté.
Le carnaval de Granville prend chaque année la forme d’une suite de cavalcades, de bals et de temps festifs.

Les fêtes du feu du solstice d’été dans les Pyrénées (dossier multi-pays - 2015)

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Cette tradition pyrénéenne a fait l’objet d’une candidature multinationale de l’Andorre, de l’Espagne et de la France et a été inscrite en 2015 sur les listes du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Les fêtes du feu sont des célébrations cycliques qui ont lieu chaque année la nuit du solstice d’été dans les montagnes des Pyrénées. Il s’agit d’une tradition séculaire. Anciennement fête païenne, elle s’est par la suite christianisée pour devenir la nuit de la Saint-Jean. Elle est aujourd’hui avant tout une célébration socialisante visant à renouveler les liens communautaires et à mettre en valeur les montagnes pyrénéennes. Elle est portée par les populations, le tissu associatif et les institutions. Ce patrimoine culturel relève de quatre des cinq domaines d’application de la convention. Il s’agit à la fois de mettre en avant des traditions et expressions orales ; des pratiques sociales, rituels et événements festifs ; des connaissances et pratiques concernant la nature et des savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
En effet, la transmission de ce patrimoine se fait avant tout au sein du cercle familial et du village et passe par l’oralité et l’apprentissage d’un vocabulaire spécifique. La célébration demande, quant-à-elle, une préparation de torches et bûchers traditionnels (les falles, haros et brandons) selon des techniques particulières. Le jour du solstice d’été on allume des bûchers en haut des montagnes et on fait tourner des torches enflammées au cœur des villages. La descente de la montagne est un moment d’initiation et d’apprentissage qui signifie le passage à l’âge adulte. La nuit de la Saint-Jean est en effet un moment très symbolique et chargé de significations, liées à la fertilité ou à la purification par le feu. Elle permet notamment de rendre hommage aux disparus. Au matin les cendres et tisons sont emmenés pour protéger les foyers. Les fêtes du feu invitent aussi au respect de la nature et contribuent à transmettre une connaissance de la montagne et de la forêt, dont les paysages participent à rendre la nuit magique.
Les fêtes du feu sont avant tout des fêtes publiques et populaires qui favorisent l’échange et le dialogue. Elles réunissent les populations et les visiteurs autour de repas communautaires et d’un folklore populaire. Chaque commune et village a ses propres traditions et manières de célébrer la fête du feu, ce qui contribue à la diversité de l’événement. Cependant les mêmes valeurs demeurent : l’hospitalité, la solidarité et l’échange interculturel et intergénérationnel.

Le gwoka : musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne (2014)

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Cette tradition culturelle est héritée des anciens esclaves africains déportés en Guadeloupe. Elle s‘est par la suite étendue à toute la société guadeloupéenne et est devenue une pratique culturelle identitaire fondatrice. Il s’agit d’une tradition très vivante, pratiquée dans des écoles et associations, dans des soirées appelées les léwoz et lors de performances informelles, les Kout tanbou.
Le gwoka associe le chant, la musique et la danse. Il s’agit d’un dialogue entre solistes qui permet à chacun de développer sa créativité individuelle à travers l’improvisation tout en s’insérant dans un tout artistique. Les chants sont en créole guadeloupéen tandis que les rythmes sont joués aux tambours ka, chacha et tibwa. Ouvert à tous, libre et gratuit, le gwoka porte des valeurs de respect et de convivialité qui viennent s’associer à sa dimension originelle de revendication et de résistance. Il permet d’associer le collectif à l’émancipation individuelle et rythme la vie de la communauté, accompagnant les moments rituels et les fêtes les plus importantes.
La transmission de cette pratique culturelle est assurée par des écoles et associations. Plus de 150 associations de gwoka existent en Guadeloupe et en France métropolitaine. Le gwoka est sans cesse renouvelé par des courants esthétiques émergents. C’est ainsi qu’il dialogue avec diverses musiques du monde à travers notamment le gwoka-jazz, le gwoka polyphonique…
Ce patrimoine culturel immatériel extrêmement riche est associé à tous les domaines d’application de la convention de 2003. Il s’agit à la fois d’une revendication culturelle, d’une pratique rituelle et festive, d’un art du spectacle, d’une tradition orale et d’un savoir-faire lié à l’artisanat traditionnel. Le gwoka permet de nourrir un sentiment d’identité et est devenu une pratique constitutive de la culture guadeloupéenne.

Les ostensions septennales limousines (2013)

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Les ostensions septennales limousines sont un rituel festif et traditionnel consistant en des célébrations et processions de grande ampleur. Elles marquent la vénération de reliques de saints conservées dans les églises du Limousin. L’adoption du rythme septennal date du XVIe siècle. Cette échéance rituelle soude les communautés, en leur donnant l’occasion de se retrouver, et permet de renforcer les liens sociaux.
L’évènement se tient dans 19 lieux différents, tous rattachés au territoire limousin. La tradition est portée par 13 confréries, qui sont, avec les comités, chargées de la faire perdurer et de transmettre les connaissances et savoir-faire qui lui sont liés. Mais l’évènement rassemble aussi les municipalités, paroisses, associations musicales, groupes folklorique, associations culturelles et sportives investis dans les célébrations. En effet les ostensions s’adressent à tous, habitants du Limousin ou visiteurs, croyants ou non croyants, et génèrent des flux touristiques importants. On vient assister et participer aux processions, admirer les reliquaires, les bannières et drapeaux, les personnages historiques costumés ou encore les décorations de la ville.
Les ostensions mobilisent de nombreux savoir-faire pour la préparation des décorations, des costumes et le déroulement de la célébration avec les fanfares et chorales. Elles ont une triple fonction : sociale, spirituelle et religieuse et culturelle. Ce sont des pratiques culturelles et festives associées aux valeurs de solidarité, de convivialité et de tolérance. Chaque ostension a ses caractéristiques et son identité particulière, bien qu’elles partagent des pratiques et rituels similaires.

Le fest-noz, rassemblement festif basé sur la pratique collective des danses traditionnelles de Bretagne (2012)

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Le fest-noz est une pratique très vivante et en perpétuel renouvellement. Cet événement festif, basé sur la pratique collective des danses traditionnelles de Bretagne, rassemble une grande diversité d’acteurs : musiciens, danseurs, visiteurs, observateurs, organisateurs… Cette large communauté se compose de plusieurs milliers de musiciens et chanteurs et de plusieurs dizaines de milliers de danseurs réguliers. L’ancrage local de cette tradition est très fort, et les organisateurs des rassemblements sont pour la plupart de petites associations locales, cependant le fest-noz bénéficie aussi d’une implantation nationale. Environ un millier de fest-noz sont organisés chaque année.
Le répertoire musical et le répertoire de danse sont très diversifiés. Les variantes locales sont nombreuses et l’influence des musiques actuelles se mêle à la tradition pour enrichir ce patrimoine culturel. Le fest-noz est en effet le lieu de beaucoup d’expériences musicales dues au métissage avec divers styles et autres traditions culturelles. La transmission de cette pratique se fait traditionnellement par immersion et par imprégnation. Cependant, des structures ont émergé pour mettre en place des stages et des cours de musique traditionnelle, de danse ou de chant. Cet enseignement plus formel vise à promouvoir et à valoriser les pratiques culturelles traditionnelles de Bretagne et à sauvegarder ce patrimoine riche. L’apprentissage par l’observation et l’imitation reste un moyen de transmission très utilisé lors des fest-noz, notamment par les visiteurs qui viennent y assister.
Au-delà de sa fonction de divertissement, le fest-noz porte des valeurs de convivialité, de respect, d’ouverture à l’autre et de mixité sociale. Il permet la rencontre des cultures et le dialogue intergénérationnel.

L’équitation de tradition française (2011)

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Inscrite en 2011 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’équitation de tradition française se fonde sur le développement d’une relation privilégiée, harmonieuse et respectueuse entre le cavalier et sa monture. L’exigence de la pratique est en effet toujours tributaire d’un respect du bien être physique et moral du cheval. Elle demande, de ce fait, de très bonnes connaissances sur le cheval, son anatomie et sa psychologie, mais aussi sur l’homme et la maîtrise de ses émotions et de son propre corps.
L’équitation de tradition française résulte en une performance fluide et souple, un dialogue entre le cavalier et le cheval. Les écuyers sont en recherche perpétuelle de légèreté et de liberté de mouvement, par opposition à toute manifestation de force ou effet de contrainte. L’équitation est avant tout une technique corporelle et sportive mais l’équitation de tradition française est aussi un art et demande une éducation et une formation bien spécifiques. Ce savoir-faire se fonde sur un héritage culturel très bien conservé et les principes en sont définis par la doctrine issue des écuyers de l’école de Versailles et du manège de Saumur. La communauté la plus visible aujourd’hui demeure le Cadre noir de Saumur, école de formation reconnue internationalement. Il s’agit d’une communauté de cavaliers mais également d’artisans selliers et bottiers, de maréchaux ferrants ou encore de vétérinaires, ouverte au partage des connaissances. Les galas et carrousels sont des évènements festifs de démonstration de compétences et d’échanges. Ils assurent une visibilité de ce bien patrimonial riche.
La transmission entre cavaliers du savoir et des techniques nécessaires à la pratique de l’équitation de tradition française se fait grâce aux écoles de formation. La communauté d’écuyers est très soudée et fait en sorte que, de génération en génération, cette pratique culturelle demeure vivante et continue d’évoluer dans le respect des valeurs qui la définissent.

Le repas gastronomique des Français (2010)

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Le repas gastronomique des Français est un repas festif permettant de célébrer les moments importants de la vie des individus et des communautés. Il s’agit d’une pratique sociale rituelle en perpétuelle évolution, bien qu’elle s’inscrive dans un héritage séculaire.
Cet « art de bien manger et de bien boire » à la française se fonde sur le partage des recettes et des savoir-faire culinaires, la connaissance des produits du terroir et l’échange autour des plaisirs du goût. Le repas gastronomique est structuré par la succession des services et entremets. Il demande de connaître une gestuelle codifiée ainsi que le lexique spécifique aux conversations de tables, le discours gastronomique étant une composante essentielle du repas. L’art de la table et son esthétisation sont une autre dimension clé de cette pratique culturelle.
Les Français sont très attachés à cette pratique, qui est pour eux un élément fondamental de leur identité et de leur patrimoine culturel. Le repas gastronomique a une fonction de renforcement du lien social et procure un fort sentiment d’appartenance. La culture gastronomique se transmet au sein des communautés et du cercle familial et offre des moments de partage, de dialogue et d’échanges intergénérationnels et interculturels forts.

Le savoir-faire de la dentelle au point d’Alençon (2010)

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Il existe deux grandes techniques de dentelle : la dentelle au fuseau et la dentelle à l’aiguille. Cette dernière est bien plus rare. Le point d’Alençon est réalisé à l’aiguille, ce qui en fait un savoir-faire unique.
Les pièces de dentelle sont réalisées par l’assemblage minutieux et précis d’éléments de petite taille. Le temps nécessaire à la réalisation d’une de ces pièces de textile ajouré est extrêmement long. Il faut en effet 7 heures pour réaliser 1 cm² de dentelle au point d’Alençon. Dix étapes sont nécessaires à la confection de ces ornements : la réalisation du dessin, l’affiquage, le piquage du parchemin, la trace, les remplis, le levage…
Il reste aujourd’hui moins d’une dizaine de détentrices de cet héritage. L’apprentissage d’une telle technique nécessite sept à dix ans de formation afin de parvenir à maîtriser l’ensemble des opérations. La réalisation des pièces de dentelle se faisait jusqu’au XIXe par une division du travail, chaque ouvrière maîtrisant l’une des étapes de leur confection. Dès le XVIe siècle le point d’Alençon était reconnu pour sa finesse et demandé par toutes les cours royales européennes. Il a conservé son prestige jusqu’à aujourd’hui.
Le principal défi pour la sauvegarde de ce savoir-faire exceptionnel est un défi de transmission. Les dentelières de l’Atelier conservatoire national créé en 1976 s’efforcent de maintenir en vie ce patrimoine en prenant en charge la formation de nouvelles dentelières. La collection du Musée des Beaux-arts et de la Dentelle, riche de centaines de pièces, joue également un rôle clef dans la valorisation, la diffusion et la promotion du point d’Alençon.

Le compagnonnage, réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier (2010)

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Cela fait 10 ans que le compagnonnage a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Il s’agit d’une méthode de transmission des savoirs et savoir-faire singulière concernant les métiers de la pierre, du bois, du métal, du cuir, des textiles ainsi que les métiers de bouche. Il rassemble près de 45000 individus au sein de trois principaux groupes de compagnons.
Ces groupes s’organisent selon des réseaux de maisons compagnonniques qui sont des lieux de transmission des savoirs et savoir-faire relatifs aux métiers compagnonniques. Ces métiers, réputés traditionnels, sont parfois en voie de disparition et les compagnons sont les gardiens des techniques et savoir-faire traditionnels qui leur sont liés.
La méthode d’apprentissage du compagnonnage s’adresse à toute personne âgée de 16 ans minimum souhaitant découvrir ou se perfectionner dans un métier. La formation repose sur la circulation de maison en maison. Cette itinérance régulière vise à faire découvrir différentes méthodes et techniques relatives aux métiers enseignés.
La solennité qui entoure le rite initiatique permettant l’accès au statut de compagnon témoigne de l’identité collective distinctive des groupes de compagnons. L’apprenant intègre une communauté et tisse des liens sociaux très forts avec les membres de cette communauté. Il est autorisé à devenir compagnon après avoir fait preuve de technicité et de savoir-faire lors de la réalisation d’un « chef-d’œuvre ». Il a ensuite pour devoir de retransmettre son savoir et de participer à la sauvegarde des métiers traditionnels et artisanaux.

Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale (2009)

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Le cantu in paghjella est le chant polyphonique de Corse. Il s’agit de chants traditionnels interprétés par des hommes a cappella. On distingue trois voix : la voix de bassu, la voix de seconda et la voix de terza qui est la plus aiguë.
Il s’agit à l’origine d’une tradition issue des zones rurales et pastorales de la Haute Corse. Elle s’est étendue à toute l’ile depuis les années 70. Les chanteurs de cantu in paghjella sont disposés en cercle. Ces chants sont caractérisés par une entrée successive des trois voix, dont l’intervention se fait chaque fois dans le même ordre. La voix seconda donne le ton et interprète la mélodie principale, elle est soutenue ensuite par la voix de bassu, qui vient accompagner la mélodie, et enfin par la voix de terza qui enrichit le chant en introduisant de nouvelles harmonies. Les langues utilisées pour les chants sont plurielles : le corse, le cruscu, le sarde, le latin ou le grec. Il existe deux types de versi, les versi profanes, comme celui d’Orezza, interprétés à l’occasion de fêtes patronales ou de veillées festives, et les versi liturgiques, comme celui de Sermanu, interprétés lors des offices.
Cette pratique artistique et culturelle se transmet traditionnellement par imprégnation et imitation. L’oreille des jeunes hommes s’éduque grâce à l’immersion sonore. Mais cette forme de transmission orale informelle tend à disparaitre du fait de la raréfaction des occasions d’exécution, et donc d’immersion. Le cantu in paghjella est en effet un patrimoine en danger. Le répertoire s’est appauvri et les détenteurs de ce savoir sont aujourd’hui peu nombreux et âgés. Il semble nécessaire de promouvoir cette pratique culturelle riche de sens tout en faisant attention à ce que le chant traditionnel corse ne devienne pas un produit touristique. Le cantu in paghjella est en effet avant tout une tradition orale assurant un lien symbolique pour la communauté. Il a une fonction sociale et s’ancre dans la culture et l’identité corse, enrichissant le patrimoine culturel immatériel national et mondial.

Géants et dragons processionnels de Belgique et de France (dossier multi-pays - 2008)

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Ces immenses mannequins sont des effigies d’êtres humains, d’animaux ou de dragons fabriqués à l’occasion de célébrations rituelles qui prennent la forme de processions traditionnelles. Ces processions datent de la fin du XIVe siècle et étaient à l’origine des processions religieuses. Dans certaines villes de France et de Belgique, les géants et dragons processionnels ont conservé un sens identitaire et demeurent des traditions vivantes. On les retrouve par exemple à Bruxelles, Dendermonde, Mechelen, Mons en Belgique ou à Douai, Pézenas, Tarascon en France. Les effigies représentent des héros mythiques, des figures locales, des personnages historiques et bibliques… Ces personnages sont mis en scène dans des histoires et à travers des danses. Souvent, un long cortège traverse la ville en musique, suivi par des personnes costumées et par la foule. Ces processions rituelles et populaires font partie intégrante de la vie de la cité.
Les mannequins peuvent mesurer jusqu’à 9 mètres de haut et peser jusqu’à 350 kgs. Leur fabrication prend des heures de préparation et demande une grande variété de techniques et de savoir-faire du fait de la diversité des matériaux utilisés. Le bien a donc été inscrit comme entrant dans les domaines des « pratiques sociales, rituels et évènements festifs » et « savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel » de la convention de 2003. Ces processions structurent la vie de la communauté en permettant de réaffirmer une identité. Il s’agit d’expressions physiques de la perception par ces groupes humaines de l’histoire et de la mémoire de la cité. La sauvegarde de ce bien patrimonial passe par la transmission des savoir-faire liés à la fabrication des mannequins et par la préservation des outils et techniques nécessaires à l’expression de la créativité et de l’identité culturelle de ces communautés à travers leurs processions traditionnelles.

Le Maloya (2008)

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Le maloya est à l’origine une pratique culturelle héritée des esclaves d’origines africaines et malgaches qui s’est créolisée au cours de l’histoire et dont la société réunionnaise a fait un emblème de son identité et de sa culture. Comme le gwoka, le maloya est fondé sur l’association de différents domaines d’expression artistique : la musique, le chant et la danse.
Originellement lié au respect des ancêtres et pratiqué lors de cérémonies d’hommage, le maloya a pris une dimension de revendication lors des années 60-80, durant lesquelles il a intégré l’espace public. Le maloya a aujourd’hui une visibilité qui n’est pas seulement insulaire mais aussi internationale. La transmission a longtemps été informelle, à travers les groupes familiaux multigénérationnels, mais est aujourd’hui assurée par des groupes et associations et notamment par un enseignement musical spécialisé au conservatoire de la réunion. Le maloya accompagne toutes les célébrations et manifestations festives mais est surtout associé au jour du 20 décembre, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage.
Cette visibilité grandissante a favorisé une professionnalisation et une diversification de la pratique culturelle. Des formes métissées ont vu le jour avec l’ajout d’instruments nouveaux aux instruments traditionnels pour donner naissance au maloya-fusion, au maloya-jazz ou au maloya-rock.
Le maloya a toujours représenté l’importance du dialogue interculturel pour la civilisation réunionnaise singulière fondée sur le partage des héritages et l’échange. En effet, les chants sont à la fois créole, malgache, tamoul et makwa. Il est essentiel de sauvegarder cette pratique culturelle et de continuer de la faire rayonner ainsi que les valeurs qu’elle porte en tant qu’élément de résistance à l’assimilation culturelle, et espace de création et d’expression.

La tapisserie d’Aubusson (2008)

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La tapisserie d’Aubusson est une appellation réservée aux tapisseries tissées par les artisans d’Aubusson et de Felletin. Elle bénéficie d’une renommée internationale : les tapisseries qui ornent notamment l’opéra de Sydney ou la cathédrale de Coventry proviennent d’Aubusson.
Le tissage de la tapisserie d’Aubusson se fait sur un métier à tisser placé à l’horizontale. Le motif tissé est préalablement préparé par un artiste peintre cartonnier. L’image sur carton sert de support pour la réalisation de la pièce. Les fils de chaine forment une nappe, soulevée par des pédales qui lui sont reliées, et s’entrecroisent avec les fils de la trame, elle-même composée de fils de laine ou de soie enroulés sur des flutes. Les laines sont teintes artisanalement sur place. Le lissier, artisan tisserand, suit les contours du motif peint sur le carton avec précision. Les tapisseries réalisées sont la plupart du temps des pièces de grande envergure à vocation ornementale : tentures, tapis, paravents…
La richesse patrimoniale de la tapisserie d’Aubusson n’est pas seulement due au savoir-faire et techniques uniques que nécessite le tissage. L’universalité des thèmes abordés, le dialogue avec d’autres cultures et traditions, la collaboration avec des artistes contemporains afin de faire connaitre leurs œuvres en les reproduisant sur des tentures, font de la tapisserie d’Aubusson un patrimoine culturel universel. La tapisserie des « Trois chevaux badinant » d’Ahmed Moustafa par exemple représente bien cet échange artistique et culturel, ici entre une technique séculaire occidentale et des influences orientales.
Il semble primordial d’œuvrer pour maintenir vivante cette tradition, afin de permettre aux artisans indépendants et aux ouvriers travaillant sur des métiers traditionnels de poursuivre leur art et de transmettre le savoir-faire spécifique à cet artisanat traditionnel.

La tradition du tracé dans la charpente française (2008)

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La tradition du tracé dans la charpente française est une discipline française qui a été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2008.
L’art du trait de charpente vise à maîtriser et visualiser en trois dimensions la conception d’un édifice en bois. Cette technique de construction est à l’origine de nombreux monuments français et remonte au Moyen-âge. Elle demande la réalisation de dessins d’une extrême précision afin d’exprimer les volumes de l’édifice et exige donc une très bonne connaissance des matériaux et de leurs caractéristiques.
La transmission de cette technique se fait à travers des enseignements dans une dizaine centres de formation, maisons de compagnons et entreprises. Les enseignements s’adaptent aussi aux évolutions de la tradition, qui se perfectionne grâce aux techniques contemporaines de la charpente.
Ce savoir-faire replace l’homme et l’artisan an centre de la construction et de la création d’un ouvrage. Celui-ci redevient maître du processus de conception tant intellectuellement que techniquement. Cette technique s’oppose ainsi à la standardisation actuelle des constructions. La valorisation de ce savoir-faire est nécessaire pour que l’enseignement du trait de charpente ne disparaisse pas au profit de machines de construction. Ce serait une grande perte dans le monde du bâtiment que de ne plus bénéficier de la pensée et de la démarche créatrices des charpentiers détenteurs de cette tradition du tracé.

publié le 11/09/2020

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