Nef des teintures : accrochage 2018 à la Cité internationale de la tapisserie Aubusson

Du 01 Février 2018 au 31 Décembre 2018
Le 23 mars prochain, M. Laurent Stefanini, Ambassadeur de France auprès de l’UNESCO, présidera la cérémonie de présentation du nouvel accrochage de la Nef des tentures avec la tapisserie " L’Asie ", prêt exceptionnel musée du Louvre à la Cité internationale de la tapisserie.

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© Cité internationale de la tapisserie Aubusson

Le parcours muséographique immersif de la Nef des Tentures, inspiré des décors de théâtre, est un voyage au fil de six siècles de tapisseries d’Aubusson conçu par les scénographes Frédérique Paoletti et Catherine Rouland. Son accrochage renouvelé chaque année présente ses collections labellisées « Musée de France » et des prêts d’institutions prestigieuses dans une mise en scène originale et spectaculaire.

Pour l’année 2018, la Cité de la tapisserie présente une dizaine de nouveautés, dont un prêt prestigieux du musée du Louvre et une nouvelle acquisition de grande importance pour les collections : Les Clowns, de Picasso.

Les nouveautés 2018

Pour le XVIIe siècle, la Cité propose une nouvelle pièce illustrant le travail du peintre du roi Isaac Moillon (1614-1673), Psyché implore Junon. L’œuvre, de laine et de soie, présente un épisode de l’histoire de Psyché dans sa quête pour retrouver son amant enfui Cupidon.

Un dépôt exceptionnel du Mobilier national pour 10 ans est également présenté pour cette période : une huile sur toile de Isaac Moillon, L’empoisonnement de Camma et de Synorix au temple de Diane, daté de 1655.

L’espace consacré au XIXe siècle est entièrement renouvelé. La pièce monumentale, la Tapisserie à l’éléphant ou L’Asie, a demandé un ajustement des décors pour son accrochage. Il s’agit d’un dépôt exceptionnel du musée du Louvre pour deux ans, et renouvelable un an (Don de la Fondation Simone et Cino del Duca, 1995).

Cette œuvre de 7 mètres de long et 5,86 m de haut, signée Jean-Baptiste-Amédée Couder (1797-1864), et tissée par les ateliers Sallandrouze vers 1840-1843, met en scène un éléphant d’Asie magnifiquement paré encadré par un bananier et un palmier dans une végétation luxuriante. Ce paysage exotique est représenté entre des colonnes torsadées jumelées soutenant un arc en accolade. L’encadrement ornemental très riche est composé d’un réseau d’entrelacs qui rappelle les motifs décoratifs de l’architecture islamique. L’éléphant est équipé d’un palanquin dans lequel est allongée une femme vêtue à l’orientale.

Cette œuvre témoigne de la grande virtuosité des ateliers Sallandrouze à Aubusson. Amédée Couder a collaboré à plusieurs reprises avec la manufacture. Grand dessinateur passionné par les arts orientalistes, le cachemire, l’art islamique, les miniatures perses, il dirigeait à Paris un important établissement de dessin industriel. À ce titre il a marqué le XIXe siècle du sceau de l’exotisme. Cette tapisserie, notée comme tapis à l’origine, est une pièce de bravoure dont le commanditaire est inconnu à ce jour.

Le XIXe siècle voit aussi la tapisserie se faire illusion de peinture. La Cité présente un spectaculaire portrait tissé de Jean-Charles de Cordès, attribué à Pierre-Paul Rubens ou à Antoon Van Dyck, vers 1880 et tissé par la manufacture Braquenié (acquis avec l’aide du FRAM Limousin).

En 1884, l’École municipale de dessin d’Aubusson fondée au XVIIIe siècle (dans le mouvement de réforme de la manufacture royale de tapisserie) devient École Nationale d’Art Décoratif aux côtés de celles de Paris et Limoges avec un même directeur Auguste Louvrier de Lajolais (1829-1908). L’École, dite ENAD, joue un rôle considérable dans le renouveau de l’art et de la technique de la tapisserie au XXe siècle. Dès 1917, le nouveau directeur de l’École d’Aubusson, Antoine-Marius Martin (1869-1955) souhaite faire évoluer l’art de la tapisserie : il remplace les cartons peints (modèles pour les lissiers), par des cartons à l’encre dits « à tons comptés », qui sont désormais des dessins au trait délimitant les différentes surfaces de couleurs. Ainsi, très tôt, il va théoriser et publier les principes de ce qu’il appelle la Rénovation de la tapisserie, 20 ans avant l’artiste Jean Lurçat.

Cette période importante de l’histoire de l’ENAD et de la tapisserie est illustrée par un nouvel ensemble maquette / carton / écran de cheminée tissé, Fleurs, de François Henri Faureau (1901-1997). La maquette exécutée à la gouache sur papier comporte des indications de tissage précises. Le carton figure parmi les tous premiers cartons réalisés par un artiste. C’est le début de l’apparition de la notion d’artiste-cartonnier, annonçant le mouvement dont Jean Lurçat sera plus tard considéré comme le meneur, et marque l’importance de l’ENAD dans la Rénovation de la tapisserie.

Nous découvrons également une pièce d’Édouard Degaine d’une grande fraîcheur, Corbeille et Fruits (dépôt succession Édouard Degaine - Hélène et Michel Bataille), tissée par l’Atelier Andraud en 1914. En rupture avec les tapisseries du XIXe siècle, Édouard Degaine est un précurseur, désireux d’innover avec une nouvelle esthétique et une palette restreinte de couleurs. D’origine creusoise (né à Gentioux), ses recherches artistiques sont multiples, tant dans la peinture, la laque, l’ébénisterie ou encore les arts textiles. Il va conduire avec l’Atelier Andraud des expérimentations de tissage novatrices pour l’époque mais qui demeureront pour la plupart confidentielles.

L’Enfant et le bouc, œuvre de 1933 d’Antoine-Marius Martin, alors directeur de l’ENAD, montre ce renouveau. L’écriture y est simple, les drapés et les volumes sont rendus par quelques hachures peu profondes, les couleurs sont pures, vives et peu nombreuses, le point est gros (6 fils de chaîne au cm). Ces caractéristiques renouent avec les techniques des tapisseries marchoises (ancienne région d’Aubusson) du XVe au XVIIe siècle. Elles sont totalement opposées aux principes des peintures tissées qui se développent au XVIIIe siècle et qui atteignent leur apogée au XIXe siècle. Cette œuvre est l’une des références techniques pour les tissages de la tenture Tolkien.

Parmi les œuvres de peintres-cartonniers du XXe siècle est présentée une pièce de Michel Tourlière (1925-2004), Des feuilles Oiseaux sur une Vigne bleue. Les paysages du vignoble de Bourgogne, et surtout les sillons de vigne, ont été souvent représentés par Tourlière dans son œuvre tissé. Pour donner les impressions d’ondulations, l’artiste utilise une technique de tissage appelée le « piqué » : des laines de valeurs contrastées sont mêlées sur la flûte pour obtenir un effet optique de stries.

En parallèle des œuvres de peintres-cartonniers, la Nef nous mène vers le mouvement des « tapisseries de peintres », des tissages réalisés notamment grâce à l’intermédiaire de Pierre Baudouin (1921-1970). Artiste, enseignant à Aubusson et à Paris au lycée de Sèvres, Pierre Baudouin découvre la tapisserie en 1946 et se penche sur la question de la transcription textile d’une œuvre artistique non conçue au départ pour devenir un tissage. Il devient un spécialiste dans ce domaine en mettant au point les cartons de tapisseries à partir d’œuvres originales (souvent des estampes ou des peintures de petits formats). Il choisit la texture des tissages (grosseur du point) et dirige la teinture des laines. Le travail de Pierre Baudouin aux côtés des grands artistes du XXe siècle est à présent illustré par une pièce acquise récemment, Les Clowns de Pablo Picasso (acquise avec l’aide du Fonds du patrimoine du Ministère de la culture). Dans les années 1930, Pablo Picasso réalise déjà plusieurs tapisseries avec l’éditrice et collectionneuse Marie Cuttoli. Il reprend la tapisserie avec l’intervention de Pierre Baudouin à partir des années 1950. En 1955, ils réfléchissent à une tapisserie à partir d’une de ses lithographies Les Clowns exécutée chez le maître imprimeur lithographe Fernand Mourlot. L’œuvre sera finalement tissée en 1962, sous la direction d’Henri Bacaud, chef d’atelier de la manufacture Pinton. La pièce exposée a été l’œuvre personnelle de Pablo Picasso et le premier tissage d’une édition de six exemplaires.

Plus d’informations sur le site de la Cité internationale de la tapisserie Aubusson.

Retrouvez ci-dessous le dossier de presse de l’exposition en format PDF :

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publié le 13/03/2018

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