Voeux 2015 au personnel français de l’UNESCO

Mesdames et Messieurs,
Cher amis,

Merci d’être venus nombreux.

Les circonstances sont graves et je vous propose de nous recueillir pour une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo. Toutes nos pensées vont à leurs familles et à leurs proches.

Au-delà de l’émotion, de la tristesse et de l’indignation que nous ressentons tous et dont témoignent les manifestations spontanées partout en France, ici-même à l’UNESCO, et à travers le monde, nous mesurons la gravité de ce qui s’est passé.

C’est une épreuve pour nous, Français mais cet élan de solidarité doit nous aider à y faire face. Comme l’a dit le Président de la République, « notre meilleure arme, c’est notre unité, l’unité de tous nos concitoyens. Rien ne peut nous diviser, rien de ne doit nous opposer, rien ne doit nous séparer. Rassemblons-nous et faisons bloc avec force et courage autour des valeurs qui fondent la République et que résume sa devise « Liberté, égalité, fraternité ». C’est ce que nous avons de meilleur, notre bien commun.

Ce qui a été frappé, ce sont des valeurs aussi essentielles que la liberté de pensée, la liberté d’expression, la liberté de la presse, la culture, le pluralisme et la démocratie, la justice, la paix et la tolérance.

Ces idéaux, hérités du Siècle des Lumières, la France les porte avec constance et détermination et les défend partout où ils sont menacés, car c’est un combat qui ne peut être mené à moitié et qui doit être mené sans relâche. Charb, le directeur de Charlie Hebdo assassiné avant-hier, disait : je préfère mourir debout que vivre à genoux.

Ces principes, ce sont aussi ceux qui fondent l’UNESCO, et son mandat, notamment dans les domaines de la liberté de la presse et de la protection des journalistes. Quand ces principes sont attaqués, nous le sommes tous. Je tiens ici à remercier toutes celles et tous ceux, au sein du Secrétariat de l’Organisation comme au sein des Délégations permanentes, qui nous ont marqué leur amitié et leur solidarité en ces moments difficiles.

Cher amis,

Je ne me lasse pas de relire l’Acte Constitutif de l’UNESCO de 1945 et particulièrement son Préambule. Tout y est dit, avec justesse et simplicité : l’idéal démocratique de dignité, d’égalité et de respect de la personne humaine, l’impératif de mutuelle assistance entre les nations et de compréhension entre les peuples, celui de solidarité intellectuelle et morale de l’humanité, les menaces mortelles que font peser sur nous l’exploitation de l’ignorance et des préjugés, la nécessité au contraire de diffuser la culture et d’assurer à tous le plein et égal accès à l’éducation, la libre poursuite de la vérité objective et le libre échange des idées et des connaissances, - c’est tout cela les défenses de la paix à élever dans l’esprit des hommes ; c’est tout cela qui a été agressé et meurtri hier ; c’est tout cela que nous devons réaffirmer haut et fort, contre les obscurantismes, les fanatismes et les extrémismes de tout bord. Aujourd’hui plus que jamais, l’UNESCO doit être, selon ce beau mot de Léon Blum, la « conscience des Nations Unies ».

Reconnaissons que nous, les Etats membres de l’UNESCO, nous chamaillons parfois pour des raisons qui peuvent nous paraître importantes sur le moment mais qui, avec le recul, ne sont trop souvent que broutilles. Ne nous laissons pas éloigner du cœur des missions qui nous ont été confiées.

Si j’ai une ambition pour le temps que j’aurai le privilège de passer à la tête de la Délégation française, c’est bien celle-là : faire en sorte que l’UNESCO exerce la plénitude de son mandat et que la France, Etat fondateur et Etat hôte, y tienne toute sa place.

C’est ce que la Délégation française s’est attachée à faire l’année passée, sur le thème de la promotion du plurilinguisme, sur celui de la protection du patrimoine, notamment en Irak et en Syrie, et de la lutte contre le trafic de biens culturels, sur le thème aussi de la diversité culturelle à l’heure du numérique ou de la place de l’éducation dans l’agenda post-2015, pour ne prendre que ces quelques exemples.

Je me réjouis de la densité renouvelée des relations entre la France et l’Organisation dont témoignent notamment les 24 visites ministérielles des douze derniers mois. Je me réjouis aussi que nous soyons parvenus à profondément réformer la Commission nationale française dont je salue les membres du Conseil d’administration présents avec nous, à commencer par son Président, Daniel Janicot.

Notre objectif reste de conforter la place de l’UNESCO comme organisation politique, au sens noble de ce terme, et non pas technique, traitant de sujets stratégiques, et non pas périphériques. Cette vision ambitieuse, nous la partageons avec la Directrice générale à laquelle je voudrais dire à nouveau notre plein soutien. Je voudrais ici saluer son action et ses efforts inlassables et, à travers elle, le travail quotidien de son équipe, de chacune et chacun d’entre vous, dans des conditions, notamment budgétaires, toujours difficiles.

Cher amis,

Je peux vous assurer que nous continuerons l’année prochaine à assumer toutes nos responsabilités à l’UNESCO et à la nourrir de nos propositions. Je n’en ferai pas ici le détail, pour ne pas vous assommer d’une litanie, mais je soulignerai seulement trois de nos grandes priorités pour 2015, année d’un 70ème anniversaire que nous voulons marquer de quelques grands rendez-vous.

Tout d’abord, la COP21 qui sera la plus grande conférence internationale jamais organisée par la France, avec quelque 40 000 participants. Vous connaissez les enjeux. Ils engagent les générations à venir. Nous avons souhaité que l’UNESCO soit étroitement associée à la préparation de la Conférence. Elle le sera, et à plus d’un titre. S’y tiendront, dès février, une conférence sur la biodiversité et le changement climatique, en mai, des rencontres avec les entreprises, en juin, des manifestations autour de l’océan, en juillet une grande conférence scientifique, en octobre, un débat sur ces sujets au sein du Forum des Jeunes, en fin d’année, une exposition sur les glaciers, début décembre, une conférence sur la gestion de l’eau dans les grandes villes.

Et c’est sans parler des réunions qui seront organisées au siège en amont de la Conférence, de la mobilisation du réseau des écoles associées de l’UNESCO et de ses chaires, d’un programme de formation pour les jeunes de Seine-Saint-Denis et d’une initiative en direction des journalistes des pays en développement.

Deuxième grande priorité, l’éducation. 60 millions de jeunes filles sont victimes chaque année de violences sexuelles. Outre les dégâts psychologiques et physiques qu’elles provoquent, ces violences sont un obstacle majeur pour les politiques de développement. Les écoles tendent en outre à devenir les cibles d’attaques délibérées.

La France proposera notamment au Conseil exécutif d’avril un projet de résolution sur ces violences, dont nous espérons qu’il pourra ensuite être repris dans une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies et à la Conférence générale de l’UNESCO à l’automne.

Enfin, troisièmement, la diversité culturelle alors que nous célèbrerons le 10ème anniversaire de la Convention de 2005. Avec le Canada, nous avons lancé une initiative sur la diversité culturelle à l’heure du numérique dont nous espérons qu’elle débouchera sur l’adoption de directives opérationnelles qui souligneront la grande modernité de cette Convention et le rôle éminent de l’UNESCO sur ce sujet essentiel pour la diffusion la plus large de toutes les formes de culture comme pour le développement des industries culturelles.

Ce programme déjà chargé n’est pas exclusif d’autres actions qui, pour être plus ponctuelles, n’en sont pas moins importantes, notamment s’agissant des patrimoines en péril, du patrimoine subaquatique, des liens entre patrimoine et tourisme, de l’agenda post-2015 ou des droits de l’homme. Vous voyez que nos ambitions sont à la mesure de l’attachement que nous avons pour l’UNESCO.

A chacune et à chacun d’entre vous, pour ceux qui vous proches et qui vous sont chers, j’adresse mes vœux de bonheur, de santé et de réussite pour cette nouvelle année. Comme je vous l’ai dit l’année dernière, sachez que vous êtes toujours les bienvenus à la Délégation et que ma porte, comme celles de mes collaborateurs, vous sont toujours ouvertes.

Je forme enfin des vœux particuliers pour celles et ceux qui travaillent à mes côtés. Je voudrais conclure en leur disant combien j’apprécie leur disponibilité, leur compétence, leur professionnalisme et leur inaltérable sourire./.

publié le 20/04/2016

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