Voeux du ministère des affaires étrangères - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères

Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames les Ministres déléguées,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

D’abord merci beaucoup Cher Monsieur Sellal de vos vœux qui allient la profondeur de la réflexion à la qualité de l’expression, à l’humour indispensable dans la diplomatie.

Je voudrais d’abord présenter à chacune et à chacun de vous mes vœux chaleureux pour 2014. Puisse cette année apporter à chacun bonheur, santé, réussite professionnelle. Je vous demande d’être mes ambassadeurs - cela devrait vous être naturel - auprès de vos collaborateurs et de leur transmettre mes vœux.

J’adresse un salut particulier aux nouveaux agents, aux récents lauréats des concours - ils sont présents aujourd’hui comme chaque année -, aux recrutés sur contrat à Paris ou en poste, aux volontaires internationaux. Tous, ils témoignent de l’attractivité des métiers de la diplomatie, ce dont je me réjouis. Ils font de notre ministère une administration très diverse, diversité qui est une de nos richesses. Après demain, se tiendra ici la journée des métiers du ministère des Affaires étrangères, qui illustrera une nouvelle fois cet intérêt pour les carrières que nous proposons.

Je pense aussi à nos collègues qui sont en poste dans des circonstances délicates, notamment dans les zones de conflit. L’année 2013 a connu son lot de difficultés : attentat contre notre ambassade à Tripoli le 23 avril, affrontements armés au Mali et en Centrafrique qui ont conduit à l’intervention de la France. Je sais et je salue le courage et le dévouement de nos équipes et leur rends hommage. J’y associe les familles et les conjoints qui pour d’évidentes raisons ne peuvent pas suivre sur place et doivent ainsi subir une séparation éprouvante.

En ce jour de vœux, je pense évidemment à nos soldats engagés à travers le monde, notamment au Mali et en RCA. Ils ont payé et ils paient le prix du sang. Je pense à nos otages pour lesquels je connais votre mobilisation à tous et en particulier, les agents qui font un travail remarquable au Centre de crise. Je pense à tous ceux qui ont connu en 2013 des moments difficiles, personnellement ou professionnellement, et je leur souhaite une année 2014 meilleure à tous points de vue.

Monsieur le Secrétaire général, ce temps de l’année est propice, vous l’avez fort bien montré, à la fois aux bilans et aux résolutions d’ensemble. Je ne m’y livrerai pas car vous avez dit tout ce qu’il fallait dire. Mais je voudrais néanmoins, pour ne pas trop vous décevoir, dire quelques mots sur 2013 et sur 2014.

En 2013, je crois que l’on peut dire, par une litote diplomatique que vous avez été largement sollicités. Pour ne parler que des crises, Mali, RCA, Syrie, Iran, l’année a été chargée. Nos efforts ont je crois porter leurs fruits : ils permettent à la France, sous la direction du président de la République, d’être une nation respectée, écoutée et souvent recherchée. Je tiens à dire que votre professionnalisme et l’excellence de votre travail y comptent pour beaucoup.
Des évolutions ont été engagées au sein du département ; elles ont largement associé l’ensemble des services et des postes concernés. Comme vous l’avez souligné, Monsieur le Secrétaire général, cette adaptation permanente nécessite de revoir un certain nombre d’objectifs de notre diplomatie et de faire évoluer nos méthodes de travail. Mais elles permettent à notre diplomatie d’être au rendez-vous de l’exigence de redressement du pays et de prendre une position forte dans les pays où se prépare l’avenir.

* *

Quelle sera notre action en 2014 ? Le monde ne sera pas fondamentalement différent et les défis qui se posent à nous resteront probablement les mêmes. C’est un monde paradoxal : globalement, il stable, globalement il s’enrichit, mais la paix la sécurité de nombreuses régions ou sous-régions peuvent être menacées. Or, ce que l’on appelle l’éclatement de la puissance rend difficile à la fois de répondre à ces crises et d’agir face aux grands déséquilibres économiques, financiers, sociaux et climatiques. Je ne reviendrai pas sur les raisons du paradoxe de cette situation. Vous avez tous déjà eu l’occasion de m’entendre parler du monde zéro-polaire.

Cela explique le rôle particulier de la France. Nous sommes passés d’une situation bipolaire, - URSS États-Unis - où la France jouait sa partie mais n’était pas le principal élément de décision à un monde unipolaire, sous la domination des États-Unis d’Amérique, ce qui a duré quelques années. Nous espérons atteindre une multipolarité organisée, sous l’égide des Nations unies, chaque continent ayant son organisation. Mais aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Dans ce monde zéro-polaire, pour reprendre une expression que j’utilise parfois dans d’autres domaines, il n’y a pas véritablement de patron. Ce qui explique à la fois le désordre et les difficultés du conseil de sécurité des Nations Unies, l’impossibilité de résoudre un certain nombre de crises et aussi, le fait que la France puissance global, compte particulièrement. Lorsque l’on fait la somme des puissances globales dans le monde, une main suffit.

Cette fragmentation du monde est redoublée par les incertitudes stratégiques liées à l’attitude des principaux grands acteurs. Ce fut sans doute un des aspects les plus marquants de l’année 2013. Ce sont de grandes questions. Quel avenir pour la puissance américaine, qui semble vouloir donner la priorité à son pivot vers l’Asie et s’éloigner, on peut le comprendre, d’un certain nombre de terrains de conflits ? Mais autant sa présence était discutée, autant son absence l’est.

S’agissant de la chine, dont l’importance éclate de plus en plus chaque jour, en même temps que la dimension vient la responsabilité. Jusqu’où compte-t-elle aller dans son affirmation internationale notamment face à son voisinage ? Quelle place tiendra la Russie, alors que ce pays fait preuve d’un grand activisme régional et international, saisissant souvent les vides ou les hésitations des autres ?

Quelles suites envisager concrètement aux négociations avec l’Iran, dont dépendent tant de questions au Moyen-Orient ? Quel rôle pourra, voudra jouer l’Union européenne ? La France entend peser sur ces changements dans le sens de la paix et de la stabilité, mais il demeure pour l’instant difficile de prévoir les réponses aux questions que je viens de poser.

Ce monde comporte pour nous beaucoup d’opportunités. Ce que l’on peut appeler une certaine « vacance du pouvoir global » permet à la France, puissance numériquement moyenne, de peser davantage que ce qui se déduirait de ses seules forces. La croissance économique des émergents et des néo-émergents en Asie, Afrique et Amérique du sud est une chance que nous sommes en train d’essayer de saisir.

La recomposition du monde permet d’envisager de nouvelles alliances et de nouveaux partenariats sur tous les continents. J’ajoute que le prodigieux essor du numérique favorise l’éveil citoyen et démocratique, ce que la France, fidèle à ses valeurs, regarde très positivement.
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Pour répondre à ces défis et saisir ces opportunités, notre diplomatie se fixe quatre grandes orientations, que l’on peut résumer chacune par un mot. Je ne sais qui disait : « ce qui est simple est faux ; ce qui est complexe est inexploitable ». C’est assez vrai et c’est l’une des raisons de la difficulté de la politique. Mais s’il faut tout de même résumer, je dirai : la paix, la planète, l’Europe, le redressement.

1) La première orientation, c’est la paix et la sécurité face aux menaces posées par les crises notamment au Moyen Orient et en Afrique.

C’est notre objectif en Syrie. La révolution a dégénéré en une guerre civile, où s’entrechoquent des dimensions communautaires, religieuses et des interférences extérieures massives. Le succès de la réunion de Genève II à supposer qu’elle se tienne, le 22 janvier prochain, est encore incertain. Mais en revanche, nous sommes certains qu’il n’y a pas d’autres termes dans cette alternative qu’une solution politique de transition négociée qui écarte Bachar Al-Assad du pouvoir. Un criminel de masse ne peut pas incarner l’avenir de son État.

La question iranienne, sera décisive avec la mise en œuvre le 20 janvier de l’accord intérimaire de novembre dernier et, beaucoup plus compliqué, la négociation d’un accord définitif dont la perspective est encore incertaine. Il faut que nous nous maintenions notre position : rester ouverts mais fermes car la condition même de la crédibilité d’un accord avec l’Iran, c’est sa solidité. Nous serons vigilants car la question n’est pas de savoir s’il faut ou non faire confiance à l’Iran, il s’agit de faire en sorte que l’Iran soit tenu de respecter sa parole.

Nous continuerons d’appuyer les efforts pour relancer le processus de paix israélo-palestinien. Mon collègue John Kerry, qui était à Paris dimanche, est - mais c’est une de ses forces - optimiste. Espérons qu’un chemin puisse se dessiner.

On a un peu oublié la Libye mais ce pays reste une de nos préoccupations majeures. La stabilisation sera un enjeu central et peut-être même décisif en 2014. Je pense aussi aux transitions en Tunisie - qui semble bien orientée -, en Égypte - plus complexe. Je pense à l’Irak, où la situation mérite un seul qualificatif : catastrophique.

L’Afrique restera au cœur des enjeux de paix et de sécurité. L’Union africaine veut - et c’est une très bonne chose - améliorer sa capacité de gestion des crises et les orientations qui ont été prises au dernier sommet de l’Élysée en décembre, sont de ce point de vue très positives. Certes, la croissance économique est élevée quasiment partout en Afrique et la modernisation est en marche. Mais le chemin à parcourir reste considérable pour réduire le sous-développement alors que beaucoup de pays n’échappent pas à de profondes divisions ethniques, socio-économiques et maintenant confessionnelles et à de lacunes souvent importantes en matière de gouvernance et de construction de l’État.

Dans ce contexte, nous nous fixons un triple objectif, rappelé lors du sommet Afrique-France de décembre 2013 : la sécurité, le développement, la démocratie, et ces trois objectifs sont liés. En matière de sécurité, la France n’a pas vocation à agir comme le « gendarme de l’Afrique ». Ce n’est pas ce que souhaitent les Africains ; ce n’est pas ce que nous souhaitons. Notre volonté est de renforcer la prise en charge par les Africains eux-mêmes de leur propre sécurité, en leur assurant, avec nos partenaires internationaux, le soutien qu’ils demandent.

En RCA, nous avons agi pour prévenir une catastrophe humanitaire qui était certaine, en apportant un soutien direct à la force africaine disposant d’un mandat de l’ONU avec trois objectifs : sécurité, humanitaire, transition politique. Nous sommes un partenaire de l’Afrique dans les bons comme dans les mauvais jours. Mais nous avons rompu avec certaines pratiques du passé.

Sur tous les terrains du globe où nous sommes actifs, que ce soit par la présence physique ou par la parole diplomatique, l’objectif est toujours le même et je vous demande non seulement de le garder en tête mais de l’appliquer : recherche de la paix et de la sécurité.

2) La seconde orientation, pour employer un mot simple, c’est la planète. Planète, au sens de son organisation générale : nous continuerons nos efforts en faveur d’une meilleure gouvernance. Planète au sens de sa survie : c’est l’enjeu climatique, avec pour priorité - vous l’avez citée, Monsieur le Secrétaire général - la préparation de Paris Climat 2015. Tous les collaborateurs du ministère des affaires étrangères vont devenir des spécialistes de la climatologie. La prise de conscience du péril climatique a bien sûr progressé ces dernières années, mais elle n’est pas du tout à la mesure du péril et les obstacles nationaux, économiques et géopolitiques empêchent jusqu’à présent des décisions à la hauteur du péril. L’objectif de Paris Climat 2015 est celui-ci : obtenir un accord universel, juridiquement contraignant, qui limite la hausse de la température à terme à 2°C par rapport au niveau préindustriel. Cet objectif qui est déjà très difficile à atteindre puisque les spécialistes nous parlent de 4 à 5°C est un enjeu de survie pour de nombreuses régions du globe, menacées de submersion, de désertification, et de cataclysmes en tous genres.

2014 doit être l’année de l’ambition pour préparer cet accord à la faveur (de toute une série d’échéances : il y aura des réunions ici, il y aura le sommet organisé par le Secrétaire général des Nations unies au début de la semaine de l’Assemblée générale en septembre, il y aura la conférence de Lima au Pérou en novembre. Nous aurons besoin de nous mobiliser totalement sur ce sujet pour aborder 2015, l’horizon des décisions dans les meilleures conditions possible.

Comment procéder ? Par le dialogue, l’écoute et la consolidation des alliances de pays progressistes, avec l’Europe, l’Afrique, les pays insulaires, de nombreux PMA. Nous essaierons de porter un discours positif non pas pour adopter la méthode Coué mais parce que le climat, ce n’est pas simplement une charge à partager, ce peut être une chance à saisir, une occasion de croissance, la chance de réinventer un modèle de développement. Cela représentera un gisement d’emplois considérable. C’est dans ce même esprit que nous abordons le travail sur les Objectifs du Développement durable pour la période post-2015.

Nous nous mobiliserons sur cet objectif avec l’ensemble des collaborateurs, avec le ministre délégué chargé du développement, Pascal Canfin, et avec le ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, Philippe Martin. Notre mot d’ordre pour cette période sera d’agir offensif, d’agir collectif, d’agir positif.

N’oublions pas que nous exerçons la présidence et que nous devons donc garder une nécessaire « distance active ». Il faudra exercer cette présidence avec tact, méthode et efficacité.

3) Le troisième grand enjeu, après la paix et la sécurité et la planète, c’est bien sûr l’Europe, qui - nous l’espérons tous - doit redevenir un pôle de croissance et de stabilité. L’Europe - contrairement à ce que l’on dit parfois de façon un peu superficielle - ne traverse pas seulement une crise. Elle subit un changement du monde et sa vraie crise est une crise de projet. Il faut donc agir de front sur les différents plans car ils sont complémentaires : redresser l’économie, nous adapter aux nouvelles réalités mondiales, relancer le projet européen.

Ce ne sera pas simple. Nous aurons en 2014 des élections et un large renouvellement des institutions, d’où une période de transition, j’allais dire « de flottement » voire de vacance, qui n’est pas la plus propice aux décisions. La commission européenne ne sera effectivement renouvelée qu’au 1er novembre, les élections ayant lieu au mois de mai. Mais elle commencera à perdre de facto un certain nombre de ses membres qui sont candidats aux élections européennes à partir du mois de mars.

Il faudra évidemment tenir compte des indications, des choix des électeurs. Et à cette fin, il faudra avancer, notamment avec nos amis allemands, mais pas seulement. La France souhaite associer tous ceux qui sont volontaires. En France et en Allemagne, les exécutifs disposent d’une concordance des temps qui est favorable ; puisque le mandat de Mme Merkel et le mandat du président Hollande sont maintenant à peu près de la même durée. Profitons-en.

L’Europe devra continuer les efforts engagés afin de rétablir son économie et de consolider la zone euro. Cela passe par l’achèvement de toute une série de dispositifs bancaires. Nous devrons aussi améliorer la gouvernance de la zone euro pour combler toute une série de lacunes.

Mais cela ne suffira pas. Nous devrons, comme le président de la République l’a indiqué dans sa conférence de presse tout récemment, aller dans le sens d’un certain nombre de projets concrets qu’il s’agisse du domaine économique et social, qu’il s’agisse du domaine environnemental, énergétique, qu’il s’agisse du domaine de la défense ou beaucoup d’autres domaines encore, pour essayer de créer une Europe plus solidaire, une Europe différenciée, car on ne peut pas penser que les 28 pays seront exactement sur la même ligne. Il faudra développer nos capacités de recherche, de défense européenne, appuyer nos entreprises, en particulier moyennes et petites. L’Union européenne doit également mieux faire valoir ses intérêts et ses valeurs notamment en matière de réciprocité commerciale, de climat, de diversité culturelle.

J’insiste aussi sur notre voisinage. Qu’il s’agisse du Sud, ce qui est naturel, mais aussi de l’Est où la réflexion et l’action ne doivent pas être cantonnées à des pays qui géographiquement sont plus proches de nous de cette zone orientale.

Et puis, il faudra donner sa pleine application à la géographie. Entre l’Amérique d’un côté et l’Asie de l’autre, il y a l’Europe et l’Afrique qui ont vocation à constituer un ensemble cohérent.

4) Dernière orientation, le redressement, le rayonnement. C’est le sens de la priorité assignée à la diplomatie économique, mais pas seulement. Il s’agit de mettre l’ensemble de notre politique étrangère au service de nos grands objectifs : rayonner, exporter, attirer.

Rayonner, car l’image positive de la France profite à l’ensemble de notre action extérieure ainsi qu’à nos entreprises. Il n’y a pas d’un côté la diplomatie économique, de l’autre la diplomatie culturelle, la diplomatie politique. Hier, nous avons parait-il inventé la diplomatie sportive... Il y a une seule diplomatie qui vise à faire rayonner la France.

Exporter, car c’est une des principales conditions du retour de la croissance. Il faut aller chercher la croissance là où elle est, dans les pays où elle existe, dans le vaste monde. Je ne peux reprendre que ce qui a été dit dans la conférence de presse récente : tout commence avec les entreprises. Avant de distribuer la richesse, il faut la créer. Nous devrons en particulier - ce sont nos ambassades qui doivent au premier rang faire cela - stimuler les investissements de l’étranger en France. Or, au-delà des chiffres auxquels on peut souvent faire dire ce l’on veut, l’investissement étranger en France n’est pas satisfaisant. Cela ne remonte pas à hier, mais à plusieurs années. Il suffit de voir les commentaires des journaux anglo-saxons. On peut le regretter mais la plupart des investisseurs lisent plus souvent le Wall Street Journal, le Financial Times que l’Humanité.

Il faut retrousser les manches et faire venir en France, qui a tous les atouts pour réussir, davantage d’investisseurs, d’entreprises, mais aussi de touristes, d’étudiants, de chercheurs. J’ai d’ailleurs demandé aux ambassadeurs de s’occuper du tourisme parce qu’il se trouve que le bon sens et les textes disent que le représentant de la France à l’étranger est l’ambassadeur. Ce doit donc être une femme ou un homme qui coordonne et qui soit capable de dynamiser nos équipes.

De nombreux dispositifs mis en place depuis maintenant quelques mois ont commencé de susciter des résultats. Dans nos principaux pays partenaires, un Conseil économique a été créé, réunissant auprès de l’ambassadeur les entrepreneurs concernés et les administrations, pour accompagner notre diplomatie économique. Il y des ambassadeurs pour les régions, sur les résultats desquels je vais me pencher dans les jours.

La réforme des visas a commencé mais elle n’est pas allée assez loin. Chaque mois, je me fais donner les chiffres précis des différents pays avec les différentes catégories de visas et les délais pour les délivrer. Nous sommes encore très loin du compte. Une confusion s’est opérée, au fil des années, entre les problèmes migratoires auxquels il faut être attentif, bien sûr, et les problèmes d’attractivité auxquels il faut être également attentif. La meilleure réponse quand on veut encourager les mouvements, ne doit pas être « non ». Cette réforme a été engagée avec mon collègue de l’intérieur et il faut la continuer. De la même façon, j’ai nommé, des « représentants spéciaux », qui font très bien leur travail pour accompagner les relations économiques avec certains pays clefs et les porter à haut niveau. Pour coordonner tout cela, la Direction des entreprises au Quai d’Orsay est chargée d’animer la diplomatie économique. Tout cela sera prolongé et amplifié en 2014.
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Pour mettre en œuvre ces priorités, le ministère des affaires étrangères doit poursuivre son adaptation. En 2014, plusieurs évolutions et innovations seront introduites.

J’en cite quelques-unes, sans être exhaustif.

Nous continuerons d’adapter notre réseau à nos priorités géographiques, afin qu’il se renforce auprès des nouvelles puissances, là où se construit le monde de demain. Nous nous portons et nous nous porterons davantage vers l’Asie et vers l’Amérique du sud. Nous nous renforçons et nous nous renforcerons auprès de la Russie et des grands émergents. Mais aussi vers les néo-émergents. Ces pays constituent de nouvelles cibles de développement et nous devons y être opérationnels avec les moyens nécessaires. Le gouvernement nous a fixé le cadre : il faut rendre un certain nombre d’emplois entre 2013 et 2015. Nous l’avons fait pour l’année 2013, nous avons pris des engagements que nous respecterons pour 2014. Nous passons d’une répartition issue d’une sédimentation du passé à une carte de nos implantations fondée sur l’avenir.

Nous continuerons de prendre notre part aux efforts de réduction de la dépense publique. Nous voulons maintenir une présence universelle mais universalité ne signifie pas exhaustivité, qui ne signifie pas uniformité. Ce n’est pas un jeu de mots, c’est simplement le fait qu’il faut avoir une action différenciée en modulant notre présence en fonction des priorités locales, celles-ci pouvant être politiques, économiques, consulaires ou culturelles. Nous expérimenterons ainsi de nouveaux modes de présence et d’action, avec notamment les postes très allégés, dotés de quatre agents au maximum. Les missions seront ajustées.

C’est cette conception globale de notre présence diplomatique qui a notamment motivé ma décision de conserver le réseau culturel au sein du MAE. L’Institut français effectue fort bien un certain nombre de tâches, mais je n’ai pas jugé opportun de détacher le réseau culturel de l’ensemble de notre réseau diplomatique. J’ai estimé qu’il fallait garder directement toute une série d’instruments d’influence.

Comme l’ensemble du gouvernement, nous veillerons à la simplification. Nous consacrons 30 % de nos effectifs à effectuer des tâches de support, essentielles au bon fonctionnement de notre réseau. Mais elles peuvent être regroupées pour concentrer les compétences dans des plateformes régionales et à Nantes. La dématérialisation des procédures comptables y contribuera, ainsi que la numérisation des procédures consulaires. Et sera lancé un nouveau logiciel pour la délivrance des visas, qui permettra d’importants gains de temps et d’énergie.

L’année 2014 sera celle d’une innovation forte avec le déploiement de notre nouveau système de communications, baptisé « Diplomatie ». Ce nouvel outil va répondre à nos besoins en permettant de mieux hiérarchiser l’information, d’organiser le travail de manière davantage collaborative, d’accéder aux ressources documentaires en mobilité et d’améliorer la coordination interministérielle. Il sera aussi mieux sécurisé. Ce sera un geste de modernisation, qui permettra au Département d’être un acteur exemplaire de la transition numérique de l’État. En conciliant mieux qu’hier usages privés et usages professionnels, il rend notre maison plus attractive et plus agile. Ce nouvel outil sera l’occasion d’ajuster nos habitudes en matière de correspondance : le contenu est aujourd’hui très riche mais parfois peu ou mal exploité. L’ouverture d’une partie d’entre elle aux entreprises, aux chercheurs, aux journalistes, permettra de mieux valoriser les actions du ministère des affaires étrangères au service des valeurs portées par la France sur la scène internationale.

Plus largement, je suis attentif à l’exemplarité de notre ministère. Ainsi, je me réjouis de la signature prochaine d’une convention avec le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique pour aller plus loin encore dans l’aide à nos collègues handicapés. En matière d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, qui constitue pour moi une priorité, des premiers résultats doivent être confirmés sur la durée. Mon engagement ne faiblira pas afin de d’augmenter le nombre de femmes aux postes d’encadrement supérieur. Cela nécessite de progresser en termes de conciliation entre vie privée et vie professionnelle, ce qui bénéficie d’ailleurs à l’ensemble des agents, femmes et hommes, mais nous devons encore faire des efforts dans notre organisation.

En 2014, comme en 2013, la sécurité de nos implantations restera une priorité budgétaire, avec au moins 20 Meuro par an jusqu’en 2016. C’est un investissement important, mais évidemment absolument nécessaire.

Pour mettre en œuvre ces évolutions, vous savez mon attachement au dialogue social. J’ai tenu à chaque fois à présider personnellement le comité technique. 2014 sera une année importante avec les élections professionnelles de décembre au cours desquelles seront renouvelées l’ensemble des instances représentatives du personnel. Je veux saluer la responsabilité des organisations syndicales. Je considère que le dialogue nourrit l’ensemble des sujets que je viens d’évoquer.

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Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Le monde connaît une période de transition vers ce qu’on peut appeler une nouvelle géographie de la puissance. Dans ce « grand chambardement », la France possède de nombreux atouts. Le premier est très concret : vous. Le réseau diplomatique français est en nombre le troisième au monde. Mais d’un point de vue qualitatif, je le place pour ma part au premier rang par les capacités et la motivation des femmes et des hommes qui le composent.

On souligne partout la place déterminante et l’impact de la politique étrangère de la France. N’en tirons aucune arrogance, mais tirons-en de la fierté ; la fierté n’est pas l’arrogance. Je sais que je peux compter sur vous pour agir au service de notre stratégie mondiale dans laquelle la France doit rester une « puissance repère ». Nous sommes présents dans un certain nombre de pays - ce que l’on appelle les pays francophones -, mais tout en gardant notre présence forte dans ces pays, nous avons évidemment vocation à être une puissance globale. C’est la détermination du président de la République et du gouvernement et c’est la mienne. Je sais que vous la partagez, vous qui avez choisi pour métier d’être les voix et les visages de notre pays dans le monde. Encore une fois bonne année et merci./.

Voir aussi :

Vœux du Président de la République au Corps diplomatique (17.01.2014) sur le site de l’Elysée.

publié le 20/01/2014

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